Israël/Palestine : l’obligation de paix

 

Ce que je retiens de la tragédie à laquelle on assiste au Proche-Orient, c’est d’abord la question du devenir immédiat du peuple de Gaza, ensuite celle du devenir lointain d’Israël.

Quel paradoxe que l’état de délabrement dans lequel se trouve le premier pose le problème en terme de survie, alors que le second, en raison même de sa force, inquiète et soulève lui aussi, à terme, la question de sa survie. Survie d’un peuple d’une part, et survie d’un Etat d’autre part.

Tout se passe comme si cette guerre était le point culminant du choc entre un peuple incapable de faire son Etat et un peuple inimaginable sans l’Etat qui l’a créé. Israël est peut-être le seul Etat au monde qui ne soit pas issu d’une société, mais qui l’a au contraire fondée. 

Israël vient juste de concéder trois heures par jour sans bombardement pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza, et hier soir, Barak Obama est enfin sorti de son étrange et non moins inquiétant silence, pour déclarer qu’il sortirait de ce silence dès sa prise de fonction le 20 janvier prochain.

Ce qui frappe dans cette offensive israélienne, c’est la juxtaposition de ces trois faits : la quasi-impuissance de la communauté internationale, le silence stupéfiant de Barak Obama, et la démonstration de force de l’Etat hébreu.

Or, que le président américain, le représentant du seul pays au monde à même de faire pression sur Jérusalem s’enferme dans un silence embarrassé, voilà qui n’en donne que plus de relief à l’arrogance d’Israël.

Cette expédition punitive qui meurtrit dans son sang un peuple déjà pris en otage, sous embargo, encerclé, emmuré, coupé en deux, paupérisé, affamé, sans soins, sans eau ni électricité, est tout simplement cruelle et lâche.

Que veut Israël ? Impressionner le monde par la démonstration de sa puissance ? Ce n’est pas par l’arrogance, mais par un vrai désir de paix et une ouverture sur les autres que l’Etat hébreu garantira sa sécurité et sa viabilité dans la région.

Evidemment, ce n’est pas que l’attitude belliqueuse de Hamas ne soit pas condamnable. Elle en est même stupidement dangereuse, criminelle à l’égard du peuple palestinien, et irrationnelle.

Qu’il suffise de citer l’exemple de ce dirigeant du Hamas qui alors qu’il avait été alerté par l’armée israélienne de l’imminence d’une attaque sur sa maison, a préféré attendre pour périr sous les bombardements, ce qui aurait pu passer pour un acte courageux, si l’homme n’avait pas retenu avec lui ses quatre épouses et ses dix enfants. Voilà qui rappelle les actes de suicide collectifs de certaines sectes. Comment faut-il qualifier cet acte ? Est-ce de la résistance ? Ou mieux encore du martyr ? Quel est donc cet islam qui donne à un homme droit de vie et de mort sur les autres ?

Il n’est pas superflu de rappeler que le pacifique mouvement religieux dont Israël avait cru bon il y a deux décennies d’encourager le développement pour contrer le méchant Fatah, s’est révélé encore plus éradicateur que son prédécesseur. Cette erreur de calcul qui tient à une méconnaissance de la nature politique et violente des organisations islamistes, dont les Frères musulmans dont le Hamas est une émanation, la majorité des Etats arabes l’ont faite : exactement selon le même scénario, en soutenant plus ou moins ouvertement les mouvements islamistes à peine naissant dans le seul but de les utiliser pour affaiblir les mouvements gauchistes, les libéraux et les laïques de manière générale. C’était sous-estimer la vision politique et sociétale de l’islamisme, et dont on mesure aujourd’hui les retombées.

Dans le fond, et mis à part les réserves idéologiques qu’on peut avoir à l’égard de ce mouvement, il se révèle à peine plus bête que ne l’ont été les Palestiniens « laïques » tout autant que les Arabes depuis 60 ans.

Il suffit de mettre en parallèle les deux camps ennemis pour se convaincre de la supériorité d’Israël, je ne parle pas de sa suprématie économique, militaire et technologique, mais de son intelligence politique, de sa froide rationalité –malgré les erreurs commises-, de son habileté à user du droit, et de son aptitude à connaître ses adversaires.

Qu’ont fait les Arabes depuis 60 ans ? Ils attaquent quand ils le peuvent militairement, la plupart du temps verbalement, ils accusent, ils injurient, ils se lamentent, ils provoquent, et ils perdent. Systématiquement.

Quant aux Palestiniens, ils ont tout perdu : leurs terres, leur sécurité, et aussi leur humanité, dans cette guerre, cette culture de la haine et de la mort à laquelle des chefs de guerre les initient dès leur jeune âge.

A part les extrémistes jusqu’au-boutistes qui veulent rayer Israël de la carte, les Arabes savent que l’existence de ce pays est une réalité irréversible et que si Israël abandonne ses prétentions expansionnistes et accepte de s’ouvrir à la région, le compromis et la négociation sont moins coûteux et plus profitables que l’hostilité et l’agressivité. Les Palestiniens n’ont plus rien à perdre, et tout à y gagner.

 

Leïla Babès 07/01/2009


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