Racisme anti-musulman

 

 

La tentative d'incendie de la mosquée de Saint-Priest, samedi dernier, relance le débat sur ce que les leaders islamiques appellent improprement l’islamophobie.

J’avais déjà eu l’occasion de dire mon désaccord sur l’usage problématique de ce terme, d’abord parce que le but premier de ses inventeurs était essentiellement l’opposition liberticide à toute forme de discours critique sur l’islam, ensuite parce que le recours intempestif et irréfléchi à ce mot est rarement approprié. En d’autres termes, en employant ce mot à la place d’un autre, on rabat ce qui est de l’ordre du racisme dans ses différentes manifestations, sur un racisme spécifique qui ne s’attaquerait qu’à la seule religion musulmane.

C’est pourquoi je préfère la notion de racisme anti-musulman qui a l’avantage de mettre l’accent sur le racisme dirigé contre une population arabe et maghrébine et contre tous ses symboles, y compris religieux.

Cela étant dit, cette tentative d’incendie d’un lieu de culte musulman, intervenant deux semaines après la profanation de 500 tombes du carré musulman du cimetière militaire de Notre-Dame-de-Lorette, près d'Arras, le jour même de l’aïd, et l’attaque de la salle de prière de la mosquée de Meyzieu en août dernier d'Arras, révèle une recrudescence inquiétante d’actes de vandalisme sur les symboles de la communauté maghrébine de France.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le carré musulman de Notre-Dame-de-Lorette fait l’objet d’actes de profanations : 52 tombes avaient été souillées en avril 2007, 148 en avril 2008, et cette fois-ci, 506, avec des slogans néonazies et des injures ciblant notamment la garde des sceaux, Rachida Dati, ce qui montre bien que la cible du racisme, qui ne fait pas dans le détail, est l’ensemble des Arabes et des musulmans, et non la religion en particulier, si on veut bien admettre que Mme Dati n’affiche pas son appartenance à l’islam, ce dont au demeurant beaucoup d’islamistes conviendraient, eux qui restreignent l’islamité aux signes extérieurs.

Des dirigeants du CFCM, s’indignant à juste titre de la quasi-indifférence des pouvoirs publics face à ces actes attentatoires à la dignité de la communauté maghrébine, sont déterminés à s’organiser pour faire face à ces attaques, y compris, pour certains, en s’inspirant du CRIF (le Conseil représentatif des institutions juives de France).

De nombreuses affaires, recensées notamment par des associations contre l’islamophobie, sont ainsi portées devant la Halde.

D’autres encore sont directement traitées par le CFCM qui a ainsi demandé et obtenu des excuses publiques de l'animateur Michel Drucker et du dessinateur Philippe Geluck lequel avait déclaré dans un jeu de mot de mauvais goût, et pour tout dire franchement inacceptable : « Charles Martel a essayé d'arrêter les souris à Poitiers mais  n'y est pas arrivé. »

Que le CFCM réagisse et même saisisse les tribunaux lorsque les lieux et les symboles du culte musulman sont attaqués, il n’y a là rien de plus normal. Mais faut-il que cette instance, dont l’unique vocation est d’organiser et de représenter le culte se transforme en organisme chargé de traquer les actes de racisme anti-arabe et anti-musulman ?

Le racisme n’est-il pas l’affaire de tous les citoyens et d’abord, des pouvoirs publics, de la justice, ou faut-il que chaque communauté se charge des affaires qui la touchent directement ?

Entre l’indignation, légitime, et le désir de s’organiser en structure chargée de traiter tout ce qui touche à la communauté –d’ailleurs laquelle ? Musulmane ? Franco-maghrébine ? Issue de l’immigration ?-, il y a une double dérive : celle d’abord d’une communautarisation, de surcroît susceptible de déresponsabiliser l’Etat laïque représentant l’ensemble des citoyens, et ensuite la tentation pour les représentants du culte de se constituer de manière encore plus radicale et moins sournoise qu’il n’y apparaît, en représentants de l’islam, et même de l’ensemble de la communauté.

Et à supposer que cela puisse se faire, encore faudrait-il définir la nature de la dite communauté, et faire face à tous les actes de racisme, y compris les actes qui ne touchent pas aux symboles de l’islam.

C’est à ce type de dérives qu’il faudrait s’attendre si comme certains l’ont suggéré, il fallait constituer une instance semblable à celle du CRIF. De quelles institutions musulmanes s’agirait-il ? La cléricalisation inédite de l’islam à laquelle on assiste n’aurait plus de limites.

 

Leïla Babès le 24/12/2008


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