Le blog de Leïla Babès

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07 septembre 2009

Lubna

 

Lubna al-Hussein : de victime à accusatrice

 

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Ce n’est hélas pas la première fois que le Soudan se distingue par des violences et des atteintes aux droits et à l’intégrité des femmes. C’est même parmi d’autres, l’un des crimes d’Etat qui donnent à la dictature militaire islamiste de Khartoum sa triste réputation depuis des décennies.

Lubna Ahmed El-Hussein, qui était employée au service médias de la mission des Nations-Unies, aurait pu être une de ces dizaines de milliers de femmes anonymes, musulmanes, chrétiennes et animistes, condamnées à l’un des châtiments les plus barbares et les plus humiliants, la flagellation, si par son courage et son intelligence, elle n’avait pas posé cet acte incroyable en se délestant de son immunité diplomatique pour paraître devant ses juges et défier la loi prétendument religieuse au nom de laquelle elle a été condamnée.

Les faits remontent au 3 juillet dernier lorsqu’au cours d’une descente de police dans un grand café de Khartoum, Lubna et 12 autres femmes sont interpellées et emmenées au poste. Parce qu’elles dealaient de la drogue, se livraient à la prostitution, au chantage, ou faisaient les poches des touristes étrangers ? Que nenni, elles portaient des pantalons. Les photos publiées de la jeune femme la montrent vêtue d’un ample pantalon couvert d’une ample tunique, la tête recouverte d’un grand châle qui lui couvre la poitrine. Rien donc de provoquant et encore moins de vulgaire dans la tenue tant décriée, mais c’est le symbole qui compte, n’est-ce pas ? Car le pantalon dans cet étrange pays présidé par un homme qui lui n’a pas honte de brandir un bâton pour fustiger ses semblables, est jugé indécent, donc contraire à la shari’a, et du coup tombe sous le coup de l’article 152 du code pénal. Parce que non content d‘appliquer les hudûd prévus par la shari’a, les châtiments corporels et autres mutilations, sans compter les deux peines de mort que sont la lapidation et l’exécution des soi-disant apostats, le Soudan a concocté un code pénal qui ferait pâlir de jalousie les juges de l’Inquisition.

  Lubna al-Hussein donc, qui n’est pas née de la dernière pluie, a tenu à affronter ses juges, au lieu de subir l’infamant châtiment de la flagellation sur place, au poste de police, et payer l’amende de  250 livres (environ 80 euros), comme 10 autres de se compagnes, deux jours après leur arrestation. Non pas que la jeune femme craigne plus qu’une autre la flagellation, elle est même prête, dit-elle, à subir 40 000 coups de fouet si le juge devait en décider ainsi, mais elle entend avant tout, d’abord aller au procès, et ensuite dénoncer cette loi dégradante et se saisir de son cas pour défendre l’ensemble de la cause des femmes.  Lubna El Hussein a convié ses collègues diplomates et humanitaires ainsi que les médias nationaux et internationaux à son procès, reporté au 7 septembre.

C’est donc vêtue de la même tenue, et notamment du fameux pantalon vert qui lui a valu d’être menacée de flagellation qu’elle entend désormais s’exprimer publiquement. Et c’est ainsi qu’elle manifesta avec une cinquantaine d’autres femmes le 5 août dernier devant le tribunal de Khatoum, avant que la police n’intervienne pour disperser les manifestantes à coups de bombes lacrymogènes. En signe de protestation, certaines de ses compagnes étaient vêtues de pantalons.

Quelle dérision, lorsqu’on songe à ces millions de femmes voilées qui ont adopté l’ensemble tunique-pantalon sans provoquer les foudres. D’ici à ce que l’article 152 du code pénal soit révisé, amendé, appliqué avec un peu moins de rigueur, et à supposer même que le port du pantalon soit toléré et même autorisé, qu’est-ce que ce sera la prochaine fois ? La mèche de cheveux qui dépasse, la couleur du voile, le rire en public, la démarche, la sortie non accompagnée du mahram ?

Espérons que le vœu de Lubna El-Hussein qui se bat contre le fameux article parce qu’il est contraire à la constitution et à la shari’a ne s’arrête pas à ce seuil et s’étende à une critique radicale de ce régime sanguinaire et obscurantiste.

Pour expliquer le caractère arbitraire de l’arrestation de la jeune femme, certains commentateurs soutiennent que c’est parce qu’elle travaille pour les Nations-Unies, lesquelles ont donné leur caution à la condamnation de Omar El-Béchir, tandis que d’autres soutiennent que c’est parce qu’elle écrit pour le journal de gauche, al-Sahâfa. Cela empêche t-il qu’elle ait été arrêtée sur la base de ce même article, ou plutôt ce même code pénal, comme l’ont été des dizaines de milliers d’autres femmes, pour tenue contraire à la shari’a ? La seule différence est que cette fois, une femme a décidé de se servir de l’arme de ses adversaires, pour passer du statut de victime à celui d’accusatrice.

En réalité, Lubna El-Hussein est simplement une femme, et une belle femme, et aussi décente sa tenue soit-elle, elle la porte bien, et cela justifie toutes les exactions. Pour tous les misogynes liberticides du monde, et en particulier ceux qui se cachent derrière les lois religieuses, une femme qui n’a pas honte de sa féminité et de sa beauté est déjà une femme libre, et ça c’est insupportable.

 

Leïla Babès le 12/08/2009

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06 juillet 2009

Voile intégral


Article paru  le 27 juin 2009

L’Humanité des débats. Burqa

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La France ne saurait accepter l’inacceptable

Par Leila Babès, sociologue, professeure à l’université catholique de Lille (*)

La burqa nous menace-t-elle ?


Les polémiques qui tournent autour de la question de savoir si le port du voile intégral est le résultat d’une contrainte ou d’un libre choix sont pour le moins improductives. Il est à parier que la majorité des femmes qui le portent affirmeraient l’avoir décidé en toute conscience. Cela change-t-il quoi que ce soit au fait que le phénomène - c’est d’ailleurs encore plus le cas pour le voile « simple » - plonge ses racines dans une propagande menée par des hommes, qui a commencé il y a près d’un siècle et qui est devenue aujourd’hui mondiale ? S’il y a du volontaire dans cette affaire, c’est de servitude qu’il est question. Ces femmes se voilent intégralement pour se conformer à une contrainte, une attente, un désir d’un mari et/ou d’un groupe. Il ne s’agit aucunement, comme on pourrait le croire, d’un phénomène de piété quiétiste qui s’accommode du monde tout en vivant à ses marges. Si l’idéologie qui sous-tend le voile intégral refuse le monde, c’est pour mieux agir sur lui et le transformer. C’est pourquoi la question du nombre ne se pose même pas. Car si le prosélytisme salafiste se fait discret dans un pays laïque comme la France, il ne se distingue en rien des autres courants islamistes qui visent tous à la propagation de leurs idéologies. Il suffit d’observer que le phénomène se propage, et même se banalise, dans les quartiers à forte concentration commu-nautaire pour se convaincre de la nécessité de le prendre au sérieux.

Le fait est que le problème dépasse le niveau de l’apparence vestimentaire dont celle-ci n’est que le signe emblématique. Les islamistes ont depuis longtemps compris que le voilement du corps de la femme était l’arme la plus redoutable de leur domination. Ils le brandissent comme un étendard, et les arguments ne manquent pas : commandement de Dieu, honneur de la communauté, croyance, et j’en passe. Les partisans du « voile simple », en accord avec leurs prédicateurs, se contentent de dire que le voile intégral n’est pas « obligatoire », cependant que les défenseurs de ce dernier, qui s’inspirent largement des coutumes patriarcales les plus discriminatoires à l’endroit des femmes, ont bien du mal à étayer le fait par des sources religieuses majeures. Le niqab/burqa n’est en fait que la traduction publique d’une vision carcérale de la femme. Ceux qui s’indignent en disant qu’une loi d’interdiction risquerait de renvoyer ces femmes à la réclusion n’ont pas compris l’enjeu du symbole : le voile intégral n’a de sens que s’il est exhibé sur la voie publique. Bien sûr, on conviendra qu’il signifie fondamentalement la négation de la femme, dans sa féminité, pis, dans son identité. Une femme sans visage ne parle pas, ne revendique pas, ne s’affirme pas. Elle n’a pas de personnalité, de vie sociale autre que celle que ses tuteurs lui ont concédée, sans compter l’obligation tacite faite aux autres de ne pas traiter avec ces femmes comme des actrices sociales. C’est dire qu’il n’est pire réclusion que celle-là. Le fait n’est d’ailleurs pas circonscrit aux rapports avec les non musulmans, il s’étend à l’ensemble de la société. Les conséquences qui lui sont adjacentes, tout le monde les connaît : refus de retirer le masque lors de cérémonies de mariage, de démarches administratives, d’examens, de se faire ausculter par des médecins hommes.

La liberté a cela de tragique qu’il ne suffit pas d’en garantir le droit, encore faut-il que les individus la désirent. La condition de ces femmes, victimes « consentantes », n’est que la partie immergée de l’iceberg, car au-delà des silhouettes masquées, il y a une vision du monde qui puise ailleurs ses références, et par-dessus tout un rejet de l’ensemble des valeurs de la République : de ses lois laïques - ça tombe sous le sens -, de l’égalité hommes-femmes, de la citoyenneté au sens plein du terme, en un mot, de l’intégration. En déclarant que la burqa n’était pas la bienvenue, Nicolas Sarkozy a envoyé un signe fort.

La France n’a pas à rougir de ses lois laïques. Elle ne saurait accepter l’inacceptable.

(*) Auteure du Voile démystifié, Bayard, 2004.

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14 mai 2009

Guerre des sexes

 

Guerre des sexes en Egypte : les femmes s’organisent

 

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Les sociétés qui soumettent les rapports hommes/femmes à un strict contrôle de la sexualité génèrent toutes sortes de frustrations et de déviances. Mais en règle générale, ces sociétés produisent également toutes sortes de moyens de régulation qui permettent de neutraliser ou à tout le moins de canaliser la violence que ces frustrations provoquent chez les hommes, et dont les femmes sont les victimes toutes désignées. Le problème se pose lorsque ces mêmes sociétés maintiennent, voire même réactivent ces codes traditionnels, qu’elles justifient d’ailleurs par des croyances religieuses ou par la coutume locale, alors qu’elles ne sont plus en mesure de contenir les risques de débordement.  

Ce qui se passe en Egypte depuis quelques années en est la preuve éclatante. Il suffit de visionner une vidéo d’amateur diffusée sur internet en 2006 pour s’en convaincre. Le film montre une foule composée de plusieurs dizaines d’hommes en train d’agresser un petit groupe de femmes dans le centre du Caire le jour de l’aïd, dans le but d’abuser d’elles sexuellement. Incroyable, inimaginable, impossible, ce doit être un malentendu, ce sont les premiers mots qui nous viennent à l’esprit.

Des femmes qui se font importuner dans la rue et dans les transports publics par des jeunes de manière plus ou moins obscène, c’est connu. Les femmes qui prennent le bus ont souvent subi les assauts de ces professionnels du frottement qui sévissent pendant les heures de pointe. Ces scènes pénibles de harcèlement, c’est devenu le lot quotidien des femmes du Caire. Le pire n’est pas qu’elles soient l’objet de harcèlement, c’est que les agresseurs, toutes classes d’âge confondues, le font désormais sans se cacher, et en toute impunité puisqu’ils ne sont pas inquiétés le moins du monde, ni par la foule qui assiste à ces scènes, ni par la justice. Des hordes d’hommes incontrôlables, totalement désinhibés, c’est déjà inquiétant, mais avec en plus des pouvoirs publics indifférents, c’est un cauchemar pour les femmes égyptiennes.

En réalité, si la diffusion de la vidéo a créé la polémique et provoqué la colère des victimes, c’est parce que le ministère de l’Intérieur a nié l’authenticité des faits, et crié à la conspiration en accusant les jeunes gens et jeunes filles à l’origine du scandale, de vouloir déstabiliser le pays. Même la femme du président, Suzanne Moubarak, pourtant réputée dévouée à la cause des femmes, a minimisé les faits, raison d’Etat oblige, il ne faut surtout pas faire de vagues, l’image du pays est plus importante que le calvaire quotidien des citoyennes.

Au ministère de l’intérieur, on reconnaît que 20 000 femmes ou filles sont violées chaque année, ce qui représente une moyenne de 55 viols par jour. Voilà pour les chiffres officiels qui ne couvrent évidemment que les délits qui ont fait l’objet d’une plainte, autant dire une infime minorité.

Une étude du Centre égyptien pour les droits des femmes, publiée au début de l’année, révèle que 83% des Egyptiennes –dont 46 quotidiennement- et 98% des étrangères, déclarent avoir été victime de harcèlement sexuel. Plus incroyable encore : 62,4% des hommes disent avoir harcelé des femmes. Et à l’adresse de ceux parmi les hommes –sans doute la majorité- qui imputent aux femmes la seule responsabilité en déclarant que c’est de leur faute, qu’elles s’habillent de façon provocante, et qu’elles feraient mieux de rester chez elles, ce démenti cinglant : les femmes voilées représentent plus du tiers des victimes de harcèlement, dont une minorité portant le voile intégral couvrant le visage. Et selon l’étude, seul 12% des femmes interrogées ont porté plainte.

En octobre 2008, la justice égyptienne condamnait pour la première fois de son histoire un homme pour harcèlement après qu’il eût empoigné violemment la poitrine d’une passante. Un signe fort mais encore insuffisant pour les responsables du Centre égyptien pour les droits des femmes qui demande le vote d’une loi pour punir les coupables. La directrice de ce centre avance l’idée intéressante d’une attitude de vengeance dirigée contre les femmes par des hommes qui souffrent de toutes sortes de frustrations : chômage, crise du logement, difficultés financières rendant toute possibilité de mariage improbable. En somme, la femme serait devenue une sorte de bouc-émissaire. Il faudrait cependant y ajouter la propagande islamiste et la surenchère à laquelle se livrent une grande partie de la société civile et politique, on s’étonne d’ailleurs que cette militante relève un paradoxe entre l’ampleur du harcèlement et le puritanisme ambiant. Les deux hélas, font bon ménage lorsqu’une grande nation comme l’Egypte, ravagée par la surpopulation et le chômage, bascule à ce point dans ce mélange de bondieuserie et de misogynie. Mais comme l’enfer c’est toujours les autres, la faute incombe à la propagande que diffusent les chaînes satellitaires wahhabites, nous explique une sociologue égyptienne. Comme si les puissants Frères musulmans étaient en reste, ceux-là mêmes qui ont donné naissance à certains des groupuscules terroristes les plus dangereux au monde, d’ailleurs représentés par al-Qa’ida en la personne de l’homme fort de l’organisation, Ayman Al-zawâhiri.

Voilà ce que déclarait à propos de la femme en décembre 2006 Taj el Din Hilali, un Frère musulman égyptien qui officie comme imam dans la plus grande mosquée d’Australie, et qui s’est auto-proclamé « grand mufti » :  « Si vous avez de la viande, et que vous la laissez dans la rue sans la couvrir, si les chats arrivent et la mangent, à qui la faute ? C’est la faute de la viande ». Je traduis : lorsqu’une femme se fait agresser, c’est toujours elle qui est responsable. En d’autres termes, elle n’a rien à faire hors de chez elle.

Peu importe d’ailleurs que les Frères musulmans agissent directement ou non, la propagande misogyne à laquelle ils se livrent depuis leur création en 1928 inondé la société. En témoigne cette photo diffusée sur le Net ou placardée sur les murs du métro, montrant deux sucettes, l’une avec son emballage, l’autre sans et couverte de mouches, avec ce message : « voile ta sucette ». Un morceau de viande, une sucette, voilà pour la métaphore. La vulgarité du discours en dit long sur la violence de la haine des femmes. 

En attendant que les autorités prennent des mesures efficaces, des jeunes égyptiens, garçons et filles, mènent une campagne anti-harcèlement sur internet, mais aussi dans les campus, baptisée « Respectez-vous » (ihtaram nafsak) financée par le magazine Kelmetna (Notre parole). Le groupe revendique plus de 48.000 membres.

Et ce n’est pas tout. Décidées à ne plus se laisser faire, de nombreuses jeunes filles, avec ou sans voile, s’initient à  l’auto-défense.


Leïla Babès le 10/05/2009

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09 avril 2009

Sadiques Taliban

 

Sadiques Taliban

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Chassés du gouvernement à Kaboul en 2001, les Taliban son loin d’avoir perdu de leur pouvoir, comme le montrent les violences qu’ils commettent régulièrement, en Afghanistan, mais aussi au Pakistan et dans les zones frontalières. On a même le sentiment qu’ils ont réussi à étendre leur influence, comme en témoignent les concessions que viennent de leur accorder les gouvernements de ces deux pays.

L’image des Taliban est à jamais associée à celle des femmes, objet de leur obsession première : des femmes engoncées dans de lourds tchadors, sans visage, sans forme, déshumanisées, interdites de sortie, de soins, de travail, de scolarisation, totalement soumises à l’autorité des hommes et de la milice chargée de les surveiller.

Il y a quelques jours, grâce à une anthropologue afghane qui a filmé la scène, le quotidien anglais The Guardian, montrait deux minutes de torture durant lesquelles on pouvait voir un Taliban flageller une jeune femme maintenue au sol par deux comparses pendant qu’une foule d’hommes observait en silence. Agenouillé, le tortionnaire assénait tranquillement ses 34 coups de bâton sur le dos et les fesses de la jeune fille qui hurlait de douleur en lui demandant de la tuer. Son crime : « Elle est sortie de chez elle avec un homme qui n’était pas son mari ».

La scène se déroulait dans la vallée de Swat, dans le nord-ouest du Pakistan, dans une zone où la shari'a a été adoptée après un accord passé avec le gouvernement le 16 février en échange d'une trêve dans les combats, avec l’assentiment de l’ensemble des partis politiques.

Les esprits naïfs diront que c’est un abus, que la shari’a ne prévoit pas de châtiment en cas dans ce cas, qu’il faut flageller en cas de fornication et lapider en cas d’adultère, mais quelle différence cela fait-il ? Lorsque la logique totalitaire, sadique et misogyne qui se réclame de l’islam se met en branle, elle ne connaît pas de limites. Les exemples ne manquent pas ailleurs : en Arabie saoudite, en Iran, au Soudan, au Nigéria, en Somalie, et je ne parle là que des pays qui appliquent les dispositions pénales inspirées de la loi religieuse, et des cerveaux malades qui commandent, toujours dans la surenchère.

En réalité, les talibans n’ont pas attendu la proclamation officielle de la charia pour s’adonner à leurs exercices habituels, comme le montrent les témoignages des réfugiés : assassinats de notables, et bien sûr, châtiments corporels et autres exécutions publiques de leur cibles favorites, les femmes. Ils n’ont pas non plus attendu pour interdire aux filles l’accès à l’école et contraindre les parents qui s’y opposer à fuir, n’hésitant pas à détruire tous les établissements de la vallée qui les acceptaient.

On croit avoir tout vu avec sur les exactions des Taliban à l’endroit des femmes. Erreur, cette fois, c’est avec la bénédiction du gouvernement agfhan du modéré et consensuel Hamid Karzaï qu’ils ont obtenu la signature d’un projet de loi stipulant la garde des enfants aux seuls pères et grand-pères, interdisant aux femmes de quitter la maison, de travailler, se faire soigner sans autorisation, et pour couronner le tout, les obligeant à satisfaire sexuellement leurs maris. Comme si la polygamie ne suffisait pas. Mais après tout, il ne s’agit là que d’une interprétation répressive du verset 4 de la sourate IV, le fameux verset de la prééminence. Plutôt que de procéder par étapes avant de corriger l’épouse récalcitrante, et pourquoi la corriger, après tout elle n’a pas le droit de se soustraire à son devoir conjugal, elle doit donc s’y soumettre, et comme la shari’a ne suffit pas, le parlement est là pour voter des lois supplémentaires. Les institutions modernes, démocratiques, au service de la prétendue loi religieuse, voilà qui est un comble.

Si le projet n’a pas encore été adopté par le parlement, les députés afghans le soutiennent, malgré les pressions extérieures exercées sur le président Karzaï.

Il semblerait, d’après les défenseurs du projet, que celui-ci ait finalement introduit quelques amendements, visant à atténuer le caractère foncièrement oppressif de la loi, mais on ne connaît pas encore le texte final. On apprend également que la loi était destinée à légaliser le code de la famille qui s’applique à la seule minorité Hazara d'origine mongole, de langue persane, et à majorité chiite, et qui représente entre 15 et 20 % de la population afghane. A croire que les chiites n’en ont jamais assez en matière d’outrance sexuelle, en plus de la polygamie, et du mariage de jouissance, le zawâj al-mut’a que leur jurisprudence reconnaît. Mais cette fois, ce n’est pas shari’a contre cesse-le feu, mais shari’a contre électorat pour le président sortant qui se prépare pour un autre mandat dans quelques mois.

Dans le fond, peu importe que telle ou telle population soit sunnite ou shiite, Pachtoune ou Hazari, parlant une langue persane ou turque, le résultat est le même : dans cette région du monde, comme dans d’autres pays, le Talibanisme n’est pas, comme ne le dit pas le nom, un mouvement d’étudiants en théologie, de tâlibân, mais le croisement entre une idéologie totalitaire, l’adhésion à une conception foncièrement misogyne de l’islam, et beaucoup d’obscurantisme.

Partout où il a conquis du terrain social, le Talibanisme a pu prospérer grâce à la complaisance de pouvoirs prétendument modérés.

La question est : que vont faire les Occidentaux, Obama et les autres, avec cette fois la France qui vient de réintégrer l’Otan, dans cette partie du monde où les premières victimes du terrorisme taliban sont d’abord les femmes musulmanes ? Quant aux pays musulmans, la question ne se pose même pas, leur silence parle pour eux. Ou plutôt, ils sont trop occupés à défendre le dictateur Omar Al-Bachir, celui qui a exterminé son propre peuple.

 

Leïla Babès le 08/04/2009


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28 mars 2009

L'humour comme arme

Femmes : l’humour comme arme



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Quelque que soit leur appartenance confessionnelle, les intégristes ont en commun la haine des femmes et de l’amour.

Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de placer cette journée de la femme sous le signe de l’humour. C’est d’ailleurs l’arme que des milliers de femmes indiennes ont adoptée pour répondre aux attaques des extrémistes indous, et tout particulièrement, ceux du Sri Ram Sena, l’armée du seigneur Ram (du nom du dieu indou, Ram), groupe qui sévit à Bangalore, dans le sud-est du pays, et dont les adeptes ont été baptisés depuis, les Taliban indous.

L’histoire commence à la fin du mois de janvier, lorsqu’un commando de quarante de ces militants ont pris d’assaut un bar fréquenté par des couples d’amoureux et ont agressé les jeunes femmes présentes. Arrêté par la police, le leader du mouvement, Pramod Mutalik, menaça d’envoyer ses milices patrouiller dans tous les lieux publics le 14 février, jour de La St-Valentin, la fête célébrée désormais partout par les amoureux, pour marier de force toute jeune femme trouvée en galante compagnie.

Il n’en fallut pas davantage pour provoquer la colère des femmes, mais aussi des jeunes, non seulement à Bangalore, mais aussi dans toutes les grandes villes.

Mais au lieu de manifestations, de meetings, ou de tout autre mouvement conventionnel, les femmes ont choisi de répondre par une autre forme de subversion : l’humour et la provocation. A l’initiative d’une jeune journaliste de New Delhi, Nisha Susan, elles ont décidé de créer sur Facebook, « le consortium des femmes libérées, allumeuses et allant dans les bars », et dont la première action fut de lancer un appel pour envoyer des culottes roses au  siège du Sri Ram Sena.

Depuis, le réseau qui compte 20 000 membres, femmes ou hommes, reçoit des quatre coins du monde, des dessous féminins de couleur rose, par opposition au safran, la couleur des extrémistes.

Autre initiative organisée par ces femmes : la fréquentation massive des pubs le 14 février pour défier les intégristes indous, appel qui a été également suivi par de nombreux sympathisants hommes.

Il semblerait que la riposte des femmes ait porté ses fruits, puisque le Sri Ram Sena a décidé de répondre par une action plus pacifique, en échangeant les culottes par des saris roses, ce qui est de bonne guerre, lorsqu’on sait que cette couleur est celle du Gulabi gang, ce mouvement de paysannes féministes en saris roses, que j’ai évoqué ici même il y a quelques mois.
Pour autant que la menace soit nuancée, l’extrémisme indou représente un grand danger, pour les libertés individuelles, mais aussi pour les musulmans qui constituent une cible de choix. Un autre mouvement nationaliste, le Shiv Sena, proche du parti anti-musulman
Bharatiya Janata Party (Parti du peuple indien), et qui avait en 2006 menacé de tondre les cheveux des femmes le jour de la St-Valentin , est le responsable principal des attentats commis contre les musulmans, et notamment de l’attaque en 1992 de la mosquée de Babri Masjid, du nom de Babur, le premier empereur moghol qui l'a édifiée au XVIe siècle sur un site qui aurait été selon une croyance indoue, le lieu de naissance du dieu Ram. Les trois dômes de la mosquée ont été détruits, et l’affaire avait provoqué une vague de violences opposant musulmans et indous. 

Concernant la St-Valentin, même son de cloche chez les islamistes pakistanais de la Jamma Islami, le grand parti devenu depuis un mouvement transnational, qui réclame son interdiction, qualifiée de « jour de honte où les occidentaux assouvissent leur soif de sexe », mais aussi en Malaisie, en Arabie Saoudite et en Iran où la fête des amoureux provoque l’ire des clergés.

Pour les extrémistes indous aussi bien que musulmans, ce n’est pas seulement le sentiment amoureux qui est interdit, mais toutes les manifestations hédonistes comme la fête, la joie, et le plaisir de la convivialité. A les entendre, ce sont des valeurs occidentales qui corrompent la pureté de la culture ou de la religion, comme si ni l’Inde hindouiste ou l’islam n’avaient célébré, chacun à sa manière, l’art, l’amour et le plaisir.

En attendant, les femmes indiennes ont trouvé une arme de choix : la provocation par l’humour.

Leïla Babès le 11/03/2009


 

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22 novembre 2008

Gulabi

Allez les femmes ! Le gang des sarees roses

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La parution il y a quelques semaines chez Oh éditions, du livre intitulé Moi, Sampat pal, chef de gang en sari rose, nous offre l’occasion de parler de cet incroyable mouvement de femmes indiennes, le Gulabi Gang.

L’histoire se passe dans l’un des Etats les plus miséreux de l’Inde, l'Uttar Pradesh, situé dans le nord du pays. La pauvreté, la corruption des fonctionnaires, les violences à l’égard des femmes et les discriminations règnent dans cet Etat où vivent près de 21% de Dalits, ces Intouchables qui n’ont même pas le droit d’appartenir à une caste. Bien que la constitution indienne ait aboli le système des castes dès 1958 et malgré la politique de discrimination positive, dans les faits, cette catégorie de la population continue de subir les mêmes injustices que dans le passé, telles l’interdiction d’accéder aux sources d’eau, aux soins, au travail, à la scolarisation, mais aussi l’obligation de se tenir à distance des autres castes, et en particulier de la caste supérieure des Brahmanes.

Dans l'Uttar Pradesh, le taux d’alphabétisation compte parmi les plus bas du pays, près de la moitié des hommes et plus du trois quart des femmes ne savent pas lire, ce qui les rend totalement démunis face aux injustices et aux abus de pouvoir d’une administration gangrénée par la corruption.

Dans l’une de ces misérables régions, le district de Banda, une femme courageuse, de 47 ans, Sampat Pal, s’est élevée contre l’injustice. Issue d’une caste inférieure de bergers, les Gadarias, Sampat a connu le sort réservé à toutes les femmes indiennes de sa condition : comme beaucoup d’Intouchables et autres basses castes, elle a appris à lire, cachée derrière un pilier, un arbre, à l’extérieur de l’école qui lui était interdite.

Mariée comme tant d’autres fillettes à douze ans, elle s'est révoltée d'abord contre la tyrannie de sa belle-famille, en défendant sa belle-soeur battue, puis une voisine, une amie.

La fondatrice du gang des sarees roses a été forcée de quitter son village avec sa famille pour avoir accepté de l’eau des mains d’une intouchable.

Enfin, elle a compris qu’elle ne serait efficace qu’en ralliant d’autres femmes à sa cause. Constitué de femmes révoltées par les violences conjugales, les viols, l’oppression des belles-familles et la complaisance de la justice, le Gulabi gang s’est créé en 2006 et compte aujourd’hui plus de 3000 membres, majoritairement des femmes, mais bientôt soutenues par des hommes.

Cela paraît inouï que quelques femmes toutes de rose vêtues, la couleur de leur combat, armées de longs bâtons et prêtes à en découdre, aient réussi à obliger la police à enregistrer les plaintes, n’hésitant pas à molester les fonctionnaires récalcitrants, intervenant pour sauver une femme d’une répudiation pour cause de dot non payée, terrorisant des maris violents.

Devant l’efficacité de leurs actions, c’est toute la population, hommes et femmes, qui recourt à ces justicières pour stopper une expulsion, obliger un patron à payer ses employés ; bref, le combat s’étendant de plus en plus à d’autres causes que la seule défense des femmes, le Gulabi gang est devenu la seule voix du peuple, et Sampat Pal une cible pour les tueurs à gage.

Dans sa maison qui lui sert de centre d’accueil et de réunions, elle recueille les plaintes. Difficile d’imaginer qu’une femme à moitié analphabète, entourée de quelques autres femmes vivant dans des huttes de boue et de brique, sans eau courante ni électricité, avec à peine de quoi manger, puisse à elle seule venir à bout des injustices les plus criantes dans un pays où la naissance d’une fille est considérée comme une malédiction parce qu’il est impossible de la marier sans fournir une dot conséquente. Des belles familles n’hésitent pas à immoler par le feu la bru dont les parents n’ont pas fini de payer la dot.

De là à combattre la corruption et tout un système administratif et judiciaire, la tâche paraît tout simplement titanesque. C’est pourtant ce que Sampat Pal fait, tous les jours, enseignant d’abord aux femmes leurs droits mais aussi comment se défendre physiquement face à un violeur.

Sampat Pal ne semble pas tentée par la politique. Il faut dire que l’exemple de Mayawati Kumar ne doit pas l’y encourager. Cest en effet cette femme, et qui plus est une Dalit, une Intouchable, qui est à la tête de l’Etat de l’Uttar Pradesh, pour un troisième mandat. Les maigres progrès réalisés et les promesses non tenues déçoivent.

Sans doute Sampat Pal ne pourra t-elle jamais remédier aux carences des institutions de l’Etat.

Mais elle a le mérite d’avoir fait naître l’espoir et le courage à des milliers, peut-être des millions de femmes.

Il reste à se demander si dans le deuxième pays le plus peuplé du monde, cette grande nation émergente qui vient d’envoyer une sonde sur la Lune, l’Etat est à même de prendre des mesures efficaces contre les discriminations, ou s’il faut attendre que le saree rose se propage un peu partout. 

Leïla Babès le 19/11/2008


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05 novembre 2008

Métro du Caire

Métro du Caire : la femme est un loup pour la femme

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« L’homme est un loup pour l’homme », disait Hobbes ; j’ai envie de dire : « La femme est un loup pour la femme ». Dans nombre de situations, les femmes sont souvent le pire ennemi de leur genre. Le fait est connu, dans les sociétés patriarcales, les mères font subir à leurs filles, et plus encore à leurs belles-filles, le sort qu’elles ont-elles-mêmes subi : contrôle de la liberté de mouvement, conditionnement à la soumission au père, aux frères et au mari, autoritarisme, etc. La plupart du temps, elles n’ont même pas à le faire, la coutume, le clan, la pression du voisinage, s’en occupent. Dans le voile démystifié, j’avais même parlé de servitude volontaire à propos de celles qui acceptent sans la moindre contrainte, de se conformer à la norme dans ce qu’elle a de plus liberticide.

Ce qu’il y a de pire, c’est lorsque les femmes participent elles-mêmes à l’imposition de la norme par des pressions sur d’autres femmes. Le fait est banal, et facilement observable. La contrainte s’exerce par un regard désapprobateur, une réflexion moralisatrice, un conseil, et même un silence éloquent.

Nul besoin de recourir à la parole ou à l’action, la violence s’exerce d’autant plus efficacement que la norme tend à devenir une croyance collective.

Les incidents qui se produisent fréquemment dans le métro du Caire, plus précisément dans les rames réservées aux femmes, illustrent bien le phénomène. Ceux qui ont déjà emprunté le fameux métro égyptien, vieux de vingt ans, ont pu remarquer que les femmes avaient tendance à monter dans un wagon qui leur est réservé.

Or, si les femmes voilées représentent aujourd’hui la majorité, il y a aussi des non-voilées, de rares musulmanes, mais aussi des chrétiennes, des coptes. J’ai pu constater moi-même que pour se protéger d’éventuelles agressions, ces dernières portaient souvent des chaînes ornées d’une croix, histoire de ne pas être confondues avec des musulmanes, autrement dit des femmes susceptibles d’être prises à parti par des intégristes. Ce qui au demeurant est loin d’être une garantie puisque les femmes coptes, plus que les hommes, sont davantage exposées au danger, justement parce qu’elles sont coptes, femmes et sans voile.

C’est déjà difficile pour les femmes de cette minorité –malgré tout forte de 10% de la population-, de circuler dans une société où l’islamité s’affiche de manière ostentatoire, et où les Frères musulmans représentent un véritable Etat dans l’Etat. Imaginons ce qui peut se produire dans ce microcosme qu’est le métro, et où les femmes voilées, à l’instar des hommes, lisent le Coran à voix haute, psalmodient, et prêchent.

La tension entre les deux communautés peut à tout instant basculer dans de véritables affrontements. Les manifestations d’hostilité des musulmanes, les invectives et les insultes conduisent souvent à l’expulsion pure et simple des coptes du wagon. Quant aux rares musulmanes non voilées qui s’aventurent dans ces lieux insolites de la prédication, elles n’échappent pas au sermon habituel sur le voile et sont vouées à la Géhenne si elles ne se soumettent pas à la loi divine.

Au-delà du climat d’intolérance qui s’exacerbe à l’égard des Coptes, illustré régulièrement par des vexations, des agressions et des attentats, c’est l’attitude des femmes musulmanes qui nous interpelle. Que l’on soit d’accord ou non avec les mesures de séparation des sexes, on peut penser que ces rames réservées aux femmes présentent à tout le moins l’avantage de leur permettre d’éviter la promiscuité pénible qu’impose la foule des hommes durant les heures de pointes, ces multiples désagréments d’un contact trop étroit avec des hommes mal intentionnés, et il y en a tant dans les transports en commun. Or là, nous assistons à une autre ligne de partage : non plus entre hommes et femmes, mais entre femmes voilées et femmes non-voilées, entre musulmanes et non-musulmanes.

C’est le clivage religieux et idéologique qui prédomine, écrasant et la solidarité féminine, et le lien citoyen. Mais ce qui se manifeste par-dessus tout, ce sont les contradictions dans lesquelles cet islam agressif, intolérant, exclusiviste, n’en finit pas de s’empêtrer, incapable de gérer la différence, les femmes, les non musulmans, les mauvais musulmans.

Triste spectacle que cette phobie de l’Autre, l’impur, le différent, l’inférieur, et l’impossible entreprise de son élimination.

Leïla Babès 18/06/2008

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04 novembre 2008

Malakaï Kakar

Malakaï Kakar assassinée par les Taliban


En assassinant Malalaï Kakar, les Taliban ont frappé la figure emblématique de l’émancipation des femmes. La policière la plus célèbre d'Afghanistan a été abattue dimanche dernier devant son domicile, à Kandahar, dans le sud du pays. Malakaï Kakar, âgée de 40 ans et mère de six enfants est morte sur le coup, et son fils, grièvement blessé, est dans le coma. Le porte-parole des Taliban qui a revendiqué le crime, s’est félicité du succès de l’opération.

Effectivement, se mettre à plusieurs pour tuer une femme désarmée devant ses propres enfants, quelle bravoure ! Il en a fallu, du courage, pour ôter la vie à une femme qui a un nom, une identité et un métier, débarrassée de la burqa, cette toile bâchée qui cache l’humanité des femmes et leur force. Décidément, une femme avec un visage découvert et des yeux qui vous regardent, cela doit être singulièrement terrifiant pour ces enfants attardés qui se font encore appeler « étudiants en religion », ces cancres incapables de passer leurs diplômes.

Plus sérieusement, il reste à savoir dans quels tréfonds de leurs cerveaux se loge cette haine –et cette peur-irrépressible des femmes, et les causes profondes qui la génèrent. Un mélange d’obscurantisme, de coutumes tribales travesties en religion et d’idéologie liberticide constitue un faisceau de facteurs suffisamment dangereux pour expliquer une telle pathologie humaine.

Il est vrai que Malakaï Kakar n’est pas n’importe quelle femme policière. Celle qui porte le prénom d’une célèbre héroïne de la résistance afghane contre les Britanniques au XIX° siècle, était fille et sœur de policiers, elle avait le grade de capitaine et dirigeait le département des crimes contre les femmes de la police de Kandahar, le fief des talibans. Après la chute du régime en 2001, elle avait repris ses fonctions et était la première à s’engager dans les forces de l’ordre. On comprend ce que représente l’exécution de cette femme courageuse, devenue le symbole de la résistance féminine, de surcroît, engagée dans la répression des crimes contre les femmes. Et en cette matière, les Taliban sont passés maîtres dans l’art de martyriser les femmes.

Au mois de juin dernier, ils avaient déjà assassiné une autre femme policière dans la province de Herat, dans l'ouest du pays. Depuis leur chute en 2001, les Taliban qui ont rejoint les rangs des terroristes, ont redoublé de violence depuis deux ans, et ont abattu près d’un millier de policiers au cours de ces six derniers mois.

Malakaï Kakar a été exécutée de sang froid parce qu’elle était une femme insoumise qui osait montrer son visage au grand jour, et parce qu’elle exerçait un métier d’homme. Mais les Taliban tuaient les femmes pour moins que ça. Il suffit de se rappeler l’histoire de Zarmina pour s’en convaincre, cette mère de sept enfants que les Taliban ont exécutée dans le stade de Kaboul en 1999 parce qu’elle avait fini par tuer le mari qui la battait quotidiennement. C’est grâce à une autre femme qui a filmé en cachette l’exécution que le monde a pu voir les images stupéfiantes d’un Taliban pointant son révolver sur la tête d’une femme en burqa agenouillée dans le stade.

Lorsque les Taliban n’abattaient pas les femmes lors d’exécutions publiques, ils les faisaient mourir à petit feu, leur interdisant l’accès aux soins, au travail, à la scolarisation, aux activités associatives, à la rue sans la compagnie d’un proche parent, et enfin ils les assignaient à porter cette camisole de force infâme qu’on appelle la burqa. Résultat de ces crimes contre l’humanité, ce sont des femmes fragiles et anémiées dont l’espérance de vie est tombée à 43 ans, sans compter les innombrables suicides, une façon d’en finir avec la vie carcérale et misérable qu’on leur imposait. Pour celles qui résistaient, beaucoup d’entre elles étaient obligées de se prostituer pour faire vivre leurs familles.

Jamais en terre d’islam un régime ne fut aussi oppressif à l’égard des femmes. Même dans le pays d’inspiration des Taliban, l’Arabie saoudite, où les femmes vivent dans des conditions carcérales similaires, elles ont le droit de se nourrir et de se soigner.

Pour autant, si la chute de ce régime tortionnaire a été ressentie comme un soulagement, rien n’a changé fondamentalement. Des milliers de femmes continuent de porter la burqa parce qu’elles craignent pour leur sécurité, ou parce que la privation de liberté les a marquées à jamais. Il faudrait ajouter à la liste des méfaits des Taliban, le crime contre l’humanité pour les violences commises à l’endroit des femmes.

Leïla Babès le  01/10/2008

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19 janvier 2008

Excision : trêve de tartufferies !

Excision : trêve de tartufferies !

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La fatwa édictée au Caire à la fin du mois dernier par une dizaine de dignitaires musulmans, parmi lesquels le grand mufti d’Egypte, Ali Goma’a, l’imam d’Al-Azhar le cheikh Tantawi, et le cheikh Qardhawi, déclarant que l’excision n’était pas une recommandation du Coran, appelle quelques éclaircissements.

Je rappelle que l’excision qui n’est pas une circoncision féminine comme le clament ses défenseurs, consiste à faire subir aux petites filles une ablation partielle ou totale des parties génitales allant parfois jusqu’à l’infibulation, c’est-à-dire l’ablation totale suivie d’une couture ne laissant apparaître que deux petits orifices pour l’urine et l’écoulement du sang menstruel.

Les traumatismes physiques et mentaux sur les millions de fillettes qui font l’objet de cette violence sont incalculables : infections chroniques, complications, hémorragies, souffrances, et danger de mort.

Déclarer que l’excision n’est pas une recommandation coranique aurait pu paraître absurde en ce sens qu’un conseil d’hommes vient valider en quelque sorte le Coran, s’il n’y avait ces deux paramètres : d’abord la déclaration est intervenue en Egypte où cette coutume barbare est encore pratiquée par près de 95% de la population ; ensuite, c’est la première fois que des responsables religieux condamnent solennellement et d’une manière collégiale, un rite de mutilation qui bien que non islamique, est pratiqué par des millions de musulmans de par le monde, à commencer par des pays arabes proches de l’Egypte comme le Soudan, mais aussi le Yémen, le Bahreïn, Qatar, et Oman.

Mais cela touche aussi l'Indonésie, la Malaisie, le Pakistan, l'Inde, et bien sûr le continent africain où 28 pays sont concernés, en particulier ceux qui pratiquent l’infibulation : la Somalie, l'Ethiopie, l'Erythrée, Djibouti, le sud de l'Egypte, et le Soudan. +En réalité l’Egypte tente de lutter contre l’excision depuis plus de quarante ans, il est vrai d’abord timidement et sans véritable pénalisation. Ce n’est qu’en 1996 qu’un véritable débat a commencé à voir le jour au moment où la chaîne américaine CNN a diffusé un reportage sur cette pratique dans ce pays.

Depuis 1998, les opérations d’excision sont interdites dans tous les hôpitaux mais elles restent pratiquées dans la clandestinité par des exciseuses, comme c’est le cas dans de nombreux autres pays africains.

Pourtant, malgré l’interdiction, de nombreux médecins islamistes ont continué de militer pour le maintien de l’excision, en s’appuyant sur un hadith selon lequel le Prophète aurait dit : « « Circoncisez les filles, mais faites-le sans exagération...»

La Conférence qui s’est tenue au mois de juin 2003 au Caire, organisée par le Conseil national égyptien de la maternité et de l'enfance, a révélé une forte opposition d’un certain nombre de médecins, à l’interdiction.

Ainsi le Dr Munir Mohammed Fawzy, gynécologue et obstétricien à l'Ecole de médecine de l'université Ayn Shams, citant le même hadith, reconnaît les risques de cette opération, en même temps qu’il soutient que le renoncement à cette pratique est « susceptible d'entraîner chez les filles des infections et parfois même des maladies.»

Pour la boutade, on peut se demander s’il ne faut pas aussi émasculer les hommes car après les femmes n’ont pas le monopole des infections.

Le Dr Ahmed Suleiman de l'université du Caire, quant à lui n’a pas jugé utile de légitimer sa position par le recours à des considérations médicales en déclarant que l'excision était source de pudeur, d'honneur et d'équilibre psychologique.

C’est aussi ce que pensent certains dignitaires religieux et autres spécialistes en droit islamique qui vont jusqu’à affirmer que l'abandon de cette pratique contribuerait à la propagation de « fléaux occidentaux » comme le sida et la prostitution.

Comme toujours, lorsqu’il s’agit de défendre les droits des femmes ou leur intégrité physique, on se rabat sur la bonne vieille théorie du complot de l’Occident qui cherche à détruire l’islam en propageant la débauche et les maladies honteuses comme le sida.

En somme, ces musulmans ont trouvé au sida une solution encore plus subtile que celle du Vatican qui préconise la fidélité : l’excision, comme une sorte de ceinture de chasteté. Sauf qu’au lieu de mettre un cadenas, on se sert d’un fil et d’une aiguille.

A la tête de ce front du refus, il y avait cheikh Youssef Al-Badri, un islamiste connu pour ses procès contre les intellectuels, et notamment contre l’universitaire Nasr Abu Zayd qui a dû s’exiler aux pays bas pour ne pas être divorcé de sa femme après avoir été accusé d’apostasie.

Même chose pour l’ancien mufti de la République , Nasr Farid Wassel, pour qui l’excision est licite même si l’islam ne la rend pas obligatoire, alors que l’ancien cheikh d’Al-Azhar, Gad Al-Haq Ali Gad Al-Haq, la considère comme une obligation religieuse.

Quant au cheikh Youssef Al-Qardhawi, l'un des prédicateurs les plus médiatiques de l'islam sunnite et référence canonique des Frères musulmans, plutôt favorable à l’excision, il s’est prononcé pour une amputation partielle, laissant les parents de la fillette décider, et ajoutant que malgré le mérite reconnu à cette pratique par les docteurs de la loi et le hadith que j’ai évoqué, ne pas exciser n’est pas considéré comme un péché. Dieu soit loué, les petites musulmanes qui n’ont pas subi cette abominable mutilation n’iront pas en Enfer, en tous cas pas pour cette raison-là.

On comprend mieux pourquoi les religieux ont attendu aussi longtemps avant de se prononcer contre l’excision. Même le cheikh Tantawi, figure libérale de la célèbre Al-Azhar, s’il a souligné que sa propre fille n’a pas été excisée et que le hadith en question n’a pas une valeur d’authenticité significative, il s’est bien gardé jusqu’ici d’exprimer une opinion défavorable, à cause du silence des textes, argument absurde, car le fait que le Coran n’ait pas interdit la torture, implique t-il que sa pratique soit légitime ?

Force donc est de reconnaître que la fatwa d’interdiction de l’excision est le résultat d’un long processus de sensibilisation menées ces dernières années par l'Organisation mondiale de la santé, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (Unicef) et des associations égyptiennes.

En tous cas, elle ne découle pas d’une action unilatérale des hommes de religion, mais s’inscrit dans le cadre de la conférence internationale sur les mutilations génitales féminines.

Alors oui, pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour interdire une pratique qui se fait souvent au nom de l’islam, et dont ceux-là même qui l’imputaient à l’islam disent aujourd’hui qu’il s’agit d’une coutume étrangère à l’islam ?

 

Leïla Babès le 13/12/2006


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15 janvier 2008

Prédicateurs, viol

Prédicateurs : incitation à la haine des femmes et au viol.

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Le mois dernier, j’évoquais ici même l’incroyable traitement que les autorités saoudiennes faisaient subir à cette jeune femme de 19 ans, victime d’un viol collectif, et condamnée par le tribunal pour s’être trouvée au moment du crime, accompagnée d’un homme qui ne lui était pas liée par le sang.
Je soulignais alors que le juge lui avait affirmé que tout ceci ne serait pas arrivé si elle n’avait pas été en compagnie d’un homme qui lui était interdit par la loi. Traduisons : elle l’a bien cherché, et tout compte fait, une femme seule ou en situation « illicite » se met tout naturellement en danger. Autant dire que les violeurs sont en situation légitime, et après tout, c’est la femme qui les a provoqués.

Le même problème se pose d’ailleurs avec le voile, devenu une sorte de ceinture combinaison anti-viol, en somme.

On n’imagine pas à quel point les discours des leaders islamiques qui fustigent les femmes ne portant pas le voile, peuvent être dévastateurs. Ils conduisent même parfois à l’élimination physique pure et simple des jeunes filles incriminées.
Il suffit de se rappeler la tragédie de Hassi Messaoud, lorsque durant cette nuit de l’horreur du 13 juillet 2001, des dizaines de femmes avaient été torturées pendant 8 heures consécutives, violées, enterrées vivantes, immolées, pat un commando de 30 hommes armés jusqu’aux dents. Leur seul crime : être célibataires et vivres seules, dans une ville gangrénée par la haine islamiste à l’égard des femmes.

Je citerais cette fois l’histoire tragique de cette adolescente de 16 ans, morte assassinée il y a quelques semaines par son propre père pour avoir refusé de porter le voile. Aqsa Parvez avait eu le malheur de naître dans un milieu traditionnaliste d’origine pakistanaise, à Mississauga, dans la province canadienne de l’Ontario, polluée par des idéologies liberticides et misogynes.

Des associations canadiennes dénoncent régulièrement les prêches virulents que des imams prononcent à ce sujet.
Telle la mosquée de Montréal qui a récemment publié sur son site un avertissement à l’encontre de ces jeunes filles, allant jusqu’à dire qu’elles s’exposent au viol et à la procréation d’« enfants illégitimes ».
Quant au Centre communautaire musulman de Montréal (CCMM), il a publié sur son site internet cet avertissement, mettant en garde les femmes non voilées des risques liés à leur condition : viol, divorce, adultère, enfants illégitimes, effondrement de foi, incitation à l’indécence, stress, suspicion chez le conjoint et rupture d’harmonie familiale
Les femmes occidentales y sont même décrites comme des « prostituées non payées ».

Dans mon livre, Le voile démystifié, paru aux éditions Bayard en 2004, je soulignais notamment à quel point les défenseurs du voile étaient, sur cette question, d’une sensibilité à fleur de peau, et que le phénomène était devenu plus important que la foi ou les 5 piliers. Le voile est vu comme un fondement de la religion et une pratique religieuse au même titre que la prière, si ce n’est que la prière ne semble pas faire l’objet du même engouement.
Je rappelais aussi que les hommes qui réagissaient le plus violemment à mes propos ne s’intéressaient qu’à ce que je disais sur le voile, et rien d’autre, et ils le faisaient en montrant une réelle souffrance.

Quoiqu’il en soit, les discours de prédicateurs et des violeurs eux-mêmes, imputant la responsabilité du viol à ces femmes non voilées, les qualifiant de provocatrices, ne se comptent plus. On cite notamment le nom libanais Faiz Mohammed en Australie, et celui du mufti Shahid Mehdi en Suède.

Yusaf al-Qardawi lui-même, la star d’Al-Jazeera, dont l’émission religieuse est suivie par des dizaines millions de spectateurs, figure emblématique des Frères musulmans, président du haut conseil européen des fatwas, disait en 2004, que les femmes violées habillées de façon indécente devaient être punies, ajoutant que « pour qu’elle soit affranchie de la culpabilité, une femme violée doit avoir montré la bonne conduite ».
En tous points, Al-Qardaoui préconise le même traitement que celui réservé par les autorités saoudiennes aux femmes violées : un autre châtiment, pour être seule ou mal accompagnée, non voilée, pour être femme sans défense, tout simplement.

Qu’un pays comme la France soit relativement épargné par ce déchaînement de haine à l’égard des femmes, n’est imputable qu’au fait qu’on soit en présence d’une société civile forte, et une justice vigilante sur tout ce qui touche à l’intégrité et aux droits des femmes. Ce n’est pas un hasard si le seul cas que nous pouvons citer de mémoire soit celui de l’imam de Vénissieux, expulsé depuis en Algérie, pour avoir prêché le droit des hommes à battre leurs femmes.

N’en déplaise au célèbre cheikh Al-Qardaoui qui ferait mieux de réserver son verbe tonitruant à la guidance spirituelle –si tant est qu’il en soit capable et qu’il sache de quoi il s’agit-, au lieu de ses fatwas intempestives sur la morale sexuelle, ce ne sont pas ces femmes qui doivent être punies, mais bien les prédicateurs de son genre.
Pour incitation à la haine contre les femmes et incitation au viol. Et si les Etats musulmans ne sont pas disposés à poursuivre ces criminels, les associations de femmes et les organismes de droits de l’Homme devraient s’en saisir et les poursuivre devant les tribunaux internationaux.

 

Leïla Babès le 16/01/2008


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