08 décembre 2008
Bombay
Attentats
de Bombay : la laïcité, enjeu crucial pour l’Inde
Les attentats commis à Bombay entre mercredi et
samedi, et qui ont fait 188 morts, et plus de 300 blessés, posent de nouvelles
interrogations sur l’évolution du terrorisme islamique dans un sous-continent
indien miné par les affrontements entre musulmans et indous, depuis la
l’indépendance et la partition en 1947, entre l’Inde et le Pakistan.
Certes, de nombreux autres attentats à la bombe et
des attentats-suicides ont été perpétrés ces dernières années à Jaipur,
Bangalore, Ahmedabad et New Delhi, dans des marchés et des lieux publics, et
même contre le Parlement fédéral, en 2001, mais ces actes visaient le plus
souvent des cibles gouvernementales ou militaires, pas des civils.
Le caractère inédit des derniers attentats de Bombay
tient au fait que les auteurs sont des commandos entraînés et fortement armés
qui ont mené une dizaine d’attaques simultanées avec prises d’otages visant
notamment un restaurant et deux hôtels de luxe.
Les 29 morts étrangers recensés parmi les victimes,
ainsi que l’attaque visant un centre de juifs orthodoxes ont donné
immédiatement une ampleur internationale, ce que semble contredire la nature de
la cible réelle que visaient les terroristes, tous pakistanais : l’Inde.
Les attentats visant la gare centrale de Bombay ainsi
qu’un hôpital, par des tirs aveugles contre des civils, tuant 50 personnes en
quelques secondes, témoignent
d’autre part de l’escalade dans la violence et la cruauté de ces commandos dont
les forces de police et les corps d’élite ne sont venus à bout qu’après plus de
soixante heures de combats. Enfin, le fait que ces attaques se soient produites
à Bombay, une mégapole forte de 15 millions d'habitants et siège de la plus
grosse industrie cinématographique au monde, donne une tournure d’autant plus
dramatique à ces actes de terreur.
Les auteurs des attentats feraient partie de l’organisation terroriste pakistanaise,
Lashkar-e-Taiba, en langue urdu, l’armée de Dieu. Fondé à Lahore en 1990, ce
mouvement extrémiste, connu pour soutenir le mouvement indépendantiste du
Cachemire, cette vaste région dont les deux puissances régionales se disputent la
souveraineté depuis l’indépendance, est responsable de plusieurs attaques sur
le sol indien, dont l’attentat contre le Parlement en 2001. Le Lashkar-e-Taiba serait
soutenu par les services secrets pakistanais, très actifs dans le financement
du terrorisme au Pakistan et en Afghanistan.
C’est dire d’une part, à quel point ces derniers
attentats, par la sophistication des méthodes utilisées, donnent plus aisément
une dimension régionale plus dangereuse que ne le laissaient supposer les
attaques précédentes, d’autre part, que malgré ses dénégations, le Pakistan, et
plus précisément ses services militaires, a une responsabilité historique dans
le terrorisme dans cette région.
Malgré la bonne volonté du président
pakistanais, Asif Zardari, l’époux de la
défunte Benazir Butto, et le rapprochement qu’il a fait avec le voisin indien,
l’éventualité d’une guerre n’est pas à écarter si on considère la faiblesse du
gouvernement face à une armée qui menace de s’avancer sur la frontière et
d’autre part le danger que représentent les nationalistes indous, dont le
Bharatiya Janata Party, opposés à toute idée de compromis avec les musulmans indiens
et tout particulièrement le Pakistan.
De là à penser, comme l’avancent des sources
pakistanaises, que ces attentats avaient pour but de stopper le rapprochement
entre les deux pays, voilà qui est fort probable.
Ce qui est sûr, c’est que la situation actuelle met
en péril le processus de paix amorcé entre les deux puissances, détentrices
toutes deux de la bombe nucléaire.
Ces attentats mettent également en évidence la fragilité du système politique indien, avec une démographie qui dépasse le milliard, la deuxième nation la plus peuplée après la Chine, son fédéralisme, ses 4000 langues (dont 23 officielles), son vieux système de caste qui perdure malgré l’interdiction, ses religions, son économie en pleine expansion mais aussi sa misère avec son lot de discriminations et d’injustices.
Ils rappellent aussi que bien que minoritaires, (ils
sont près de 14%), les musulmans représentent 150 millions, ce qui fait de
l’Inde le troisième pays musulman du monde derrière l’Indonésie et le Pakistan.
En théorie laïque, l'Etat fédéral indien voit sa neutralité de plus en plus
remise en question par le développement des mouvements nationalistes indous, et
les massacres de musulmans restent presque toujours impunis. Ainsi, en
2002, près de 2000 indiens de confession musulmane ont
été exterminés dans le Goujarat, dans le nord-ouest du pays.
Dans ce riche Etat, dirigé par l'extrémiste hindou Narendra Modi, membre
de la Bharatiya
Janata Party, la minorité musulmane, tenue à l’écart de la
croissance économique, subit toutes sortes de discriminations.
Il est à craindre que ce parti qui sera de nouveau le
principal adversaire du Parti du Congrès au pouvoir lors des prochaines
législatives, toujours prompt à instrumentaliser la peur de l’islam, ne
parvienne à remporter les élections.
En clair, les enjeux sont incommensurables pour les
deux grandes puissances de la région. Ces pays ont tous deux intérêt à faire le
choix vital du compromis et conjuguer leurs forces dans la lutte contre le
terrorisme, sous toutes ses formes.
Leïla Babès le 03/12/2008
08 janvier 2008
Al Jazeera ou l'apologie du terrorisme
Al-Jazeera ou l’apologie du terrorisme

Décidément, la chaîne Al-Jazeera nous étonnera
toujours par ses liens ambigus avec le terrorisme et l’organisation criminelle
Al-Qa’ida. Si ce n’est que cette fois, elle vient de franchir un pas dramatique
dans l’escalade de la violence symbolique à laquelle ses journalistes se
livrent régulièrement, et prouver qu’en matière de barbarie, elle a réussi à
s’élever au niveau des tueurs en série qu’elle se plaît à mettre en scène.
C’est ainsi qu’au lendemain des attentats meurtriers
qui ont frappé Alger le 11 décembre dernier et qui ont fait plus de 60 morts et
des dizaines de blessés, Al-Jazeera a lancé cet incroyable sondage auprès des
internautes qui fréquentent son site, en leur posant cette question :
« Soutenez-vous les deux attentats d’Alger ? ».
Et telle une boîte de Pandore pestilentielle, la
chaîne a vite récolté le fruit de sa semence purulente, puisque plus de 30.000
personnes ont participé à ce jeu nauséabond et que 54,7 % des sondés ont
répondu… oui.
Pour autant que les auditeurs arabes, tétanisés par
de longues décennies de langue de bois médiatique, auront apprécié la bouffée
d’oxygène que la chaîne satellitaire a insufflée par l’audace des sujets
traités et une certaine liberté de ton de ses journalistes, Al-Jazeera nous a
néanmoins habitués à un jeu journalistique qui flirte avec les limites de la
déontologie et de l’éthique politique. La chaîne, qui s’est taillé une
réputation mondiale grâce aux reportages qu’elle a produits pendant la guerre
du Golfe, s’est rapidement distinguée par l’ambition démesurée de « faire
du scoop », et de « l’audimat ».
Hélas, ce qui aurait pu être un média moderne,
pouvant contribuer efficacement à une pédagogie pour la réforme des mentalités,
s’est vite révélé un instrument sordide de provocation de mauvais goût,
d’outrance et d’immoralité journalistique et politique.
Dans le fond, que veulent les responsables de ce
funeste sondage, sinon donner une assise « populaire » à Al-Qa’ida,
lui signifier que ses actes criminels sont légitimes, et l’encourager dans
cette voie.
Pourquoi Alger ? Parce que c’est là que les
attentats de ces deux dernières années ont été perpétrés, que le sinistre
ex-GSP est domicilié, mais c’est en fait l’ensemble du Maghreb qui est visé. En
somme, c’est la cible actuelle du jihadisme mondial.
Al-Qa’ida/Al-Jazeera = même combat.
Il est urgent que l’Etat algérien, l’ensemble des
autorités politiques du Maghreb, et les instances internationales, réagissent :
les premiers par la fermeture des bureaux d’Al-Jazeera dans ces pays, les
secondes par des sanctions à l’encontre de la chaîne.
Le Maghreb est particulièrement visé, disais-je. En témoigne
la jubilation du sanguinaire Ayman al-Zawahiri, en janvier 2007, l’homme qui
s’est réjoui publiquement des actes terroristes commis dans les pays musulmans,
contre les musulmans, et qui avait salué dans l’acte d’allégeance de l’ex-GSPC,
rebaptisé depuis en Al-Qa’ida pour le Maghreb islamique, « une union bénie qui sera un os dans la gorge
des croisés américains et français ».
C’est la
première fois que des victimes innocentes, parmi lesquelles des étudiants, des
automobilistes, des passants, des enfants, dont les auteurs du crime ignoraient
tout, des inconnus en somme, sont qualifiés d’apostats, et de surcroît,
post-mortem, ce qui représente une double atteinte à ces victimes, de leur
vivant comme après leur destruction.
Qu’est-ce
qui justifie une telle haine, un tel anathème à l’endroit de personnes dont
rien ne pouvait autoriser ses auteurs à savoir s’il s’agissait de bons
musulmans, de mauvais musulmans ou d’apostats ? Les Algériens se
seraient-ils livrés à un acte d’apostasie collective sans qu’on le sache ?
En vérité,
les Algériens, comme les Marocains et les Tunisiens, résistent. Ce n’est pas un
hasard si l’ex-GSPC s’est rebaptisé « La branche d’Al-Qa’ida pour le
Maghreb islamique ». Les Maghrébins résistent à la vague mortifère des
idéologies obscurantistes et totalitaires, ils apprécient les libertés
individuelles, les plaisirs de la vie, et plus que tout, ils sont nourris de la
culture de la modernité, et cela seul justifie toutes les haines.
Al-Qa’ia est aux abois. En Irak, champ de bataille
privilégié depuis l’invasion américaine, les terroristes sont mis en déroute,
et la plupart de leurs caches détruites. La violence elle-même a baissé de 60%,
et les tribus sunnites, organisées en une coalition se nommant
« Al-Sahoua » (le Réveil), se désolidarisent des mercenaires
d’Al-Qa’ida.
Le 29 décembre dernier, dans une cassette audio,
Oussama Benladen condamnait et fustigeait ces Irakiens courageux.
Voilà aussi pourquoi le Maghreb constitue un nouveau champ de bataille. Bien plus attrayant que le Pakistan où les tueurs d’Al-Qa’ida n’ont pas hésité à assassiner une femme, Benazir Butto, plus que n’importe quel pays. Car au Maghreb, il y a un souffle de vie que les liberticides ne supportent pas.
Leïla Babès
