29 mai 2008
Redeker
Invité dans l’émission
de France 2 On n’est pas couché du 17 mai, vous avez reproduit, à
peu de chose près, le contenu de l’article publié par le Figaro
(19 septembre 2006) et qui vous avait valu une condamnation à mort sur
Internet. A l’époque des faits, le choc produit par les menaces qui pesaient
sur vous, et l’urgence de la mobilisation contre cette atteinte à la liberté
d’expression, me paraissaient plus importants qu’une réponse dont, de surcroît,
je n’aurais souhaité pour rien au monde qu’elle fût interprétée par vos détracteurs
comme un témoignage à charge. C’est pourquoi je m’étais bornée à intervenir sur
votre site pour expliquer en quelques mots les raisons de mon soutien, et mon
désaccord avec le contenu de votre brûlot.
Il est temps à présent que l’on ouvre le
débat, moins pour vous répondre que pour poser les questions qui font
cruellement défaut dans le tissu de poncifs qui vous tient lieu d’analyse. A
commencer par l’idée que les «musulmans modérés» ne vous ont pas assez soutenu.
Voilà bien un qualificatif insultant, consacré par toute une vulgate médiatique
qui s’interroge régulièrement sur le silence des «modérés», cette poignée de
musulmans noyés dans le milliard d’extrémistes, tout juste assez civilisés pour
être capables de répondre sans chercher à exterminer l’autre. J’en ai plus
qu’assez d’entendre cette rengaine, lorsque ceux-là mêmes qui n’invitent que
des prédicateurs islamistes, au mépris de tous les autres courants de l’islam,
s’étonnent de ne pas nous entendre. Lorsque j’ai signé la pétition de soutien,
je ne l’ai pas fait en tant que musulmane «modérée», mais en tant que citoyenne
convaincue qu’aucune critique, fût-elle blasphématoire - pour parler comme ceux
qui instrumentalisent les religions pour nous intimider -, malhonnête ou
ignorante, ne mérite de valoir à son auteur une condamnation. La critique
radicale de l’islam - et pas seulement de l’islamisme - est un exercice auquel
je me livre périodiquement dans mes chroniques à Médi1, radio franco-marocaine
écoutée par des millions de Maghrébins. Vous voyez, je n’ai rien d’une
«modérée».
Si au lieu de vous contenter de lancer des
stéréotypes du genre «christianisme = religion de l’amour, islam
= religion de la haine», vous aviez sérieusement soumis votre objet de
détestation à la critique rationnelle dont vous vous piquez en vous comparant à
Voltaire, vous auriez peut-être évité de comparer le prophète de l’islam à
Hitler. Ce qui, au-delà de toute considération religieuse, est une niaiserie et
un non-sens épistémologique surprenant de votre part. Mais vous avez décidé que
l’islamisme est définitivement l’islam, comme le prouve votre article qui porte
en son titre le premier terme alors que l’ensemble du texte ne parle que du
second. Vous me pardonnerez d’ajouter que les islamistes sont décidément bien
bêtes de condamner quelqu’un qui apporte de l’eau à leur moulin. Bien entendu,
vous avez raison de dénoncer le chantage à l’islamophobie, la ségrégation des
sexes et le soutien apporté par des courants gauchistes aux islamistes, qu’ils
considèrent comme les nouveaux damnés de la terre. Le problème est que vous
rabattez tous ces faits sur une vision essentialiste et culturaliste de
l’islam, que vous désignez comme l’ennemi de la civilisation. Vous pouvez bien
vous défendre d’attaquer les musulmans, vous ne faites pas autre chose lorsque
vous les comparez aux adeptes de Hitler qui suivent leur chef (Mahomet).
Lorsque vous parlez de l’islam qui «tente d’obliger l’Europe à se plier à sa
vision de l’homme», vous me paraissez hélas plus proche de Geert Wilders et
d’Oriana Fallaci que de Voltaire, et certainement pas de l’islamologue Maxime
Rodinson que vous citez dans votre article pour étayer votre maigre savoir sur
l’islam.
Vous vous essayez au comparatisme dans une
vision binaire séparant le christianisme, sécularisé, qui fait toujours passer
l’autre avant lui, de l’islam, qui «tient la générosité, l’ouverture
d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des mœurs, les
valeurs démocratiques, pour des marques de décadence». Le seul constat qui
s’impose face à un tel concentré d’inexactitudes qui mêle théologie, préjugés
et événements contemporains, de cette lecture grossière du choc des
civilisations, est que l’historicité est le moindre de vos soucis. C’est
oublier (ou ignorer ?) que la sécularisation s’est d’abord construite contre la
religion, qu’elle a soumise à n’être rien d’autre qu’une confession. Vous dites
que «le retour à Jésus est un recours contre les excès de l’institution
ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence.
Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine.»
Le problème est qu’au lieu d’ouvrir un débat
serein sur la question de la violence dans l’islam, vous ne faites qu’opposer
les deux religions, et ça, c’est violent. Il est dommage que les quelques
vérités que vous rappelez là soient submergées par une vision caricaturale des
choses. Un exemple : la figure d’amour et de non-violence de Jésus, non
pas celle des Evangiles, mais celle du Coran où il est présenté comme le seul
prophète exempt de péché (à part Marie), né du souffle de Dieu. Force est
d’admettre qu’à l’exception des courants soufis, la tradition musulmane a
escamoté la dimension d’amour de Jésus pour ne retenir de lui que l’image d’un
prophète important certes, mais un prophète parmi d’autres, ce qui est loin de
correspondre à la place et au statut exceptionnels que le Coran confère au
«Fils de Marie».
La question n’est pas d’opposer à votre schéma
comparatiste l’argument naïf et contre-productif de ceux des musulmans qui
s’indignent en répondant que non, l’islam est une religion de paix et de
fraternité et qu’il est détourné de son sens profond par les méchants
islamistes, mais de s’interroger sur les causes profondes de la violence, y
compris en l’articulant, comme l’a fait Benoît XVI, à la foi. Vous
écrivez : «Haine et violence habitent le livre dans lequel tout
musulman est éduqué, le Coran». Là, vous dites des sottises, M. Redeker. Ce
qui habite les islamistes, ce n’est pas le Coran, qui ne leur sert que de
source pour légitimer leurs actes, mais la prédication sauvage qui s’est
développée à partir du début du XXe siècle. Je sais de quoi je
parle, je descends d’une lignée de théologiens.
Vous avez pris soin, pour expliquer les causes
profondes de la violence actuelle, de ne citer que les épisodes les plus
troublants de la conscience musulmane, à commencer par le massacre de la tribu
juive de Médine, les Qurayza. Nous ne savons que peu de chose de cet épisode
inouï, et les raisons d’un tel massacre nous échappent. D’autres que moi vous
l’ont certainement dit, si le texte coranique contient des versets de violence,
il en contient d’autres qui contredisent cette orientation, comme c’est le cas
pour la Bible. La
vraie question aujourd’hui est là : que faire pour empêcher que l’on se serve
des sources qui légitiment la violence ? Quels sont les instruments
théologiques et politiques qui permettront d’élaborer une charte de paix et de
compromis avec l’autre ? Ce qui empêche tout aggiornamento, ce n’est
pas «la haine qui fonde l’islam dans ses origines», ce sont les despotes
qui instrumentalisent la religion comme source de légitimation et comme moyen
de censure et de répression de toute velléité d’expression libre et de
démocratisation ; ce sont des clergés qui puisent dans les lois les plus
régressives - y compris en en détournant le sens - pour perpétuer leur
pouvoir ; ce sont, enfin, les islamistes qui entendent faire de la loi
religieuse l’unique source de leur projet totalitaire. Ce qui manque, c’est le
courage politique de décréter qu’il est interdit à quiconque de recourir aux
textes religieux pour justifier la violence, de couper l’herbe sous le pied des
terroristes et de tous les islamistes qui les soutiennent en les privant de
toute légitimité religieuse. Il est urgent de constituer un comité de sages
composé de dirigeants politiques et d’hommes et de femmes de bonne volonté pour
établir ce consensus. C’est seulement dans ces conditions, en isolant les
sources qui posent problème, en les protégeant même, qu’il sera possible d’entreprendre
la réforme tant attendue.
Dernier ouvrage paru : Le voile démystifié, Bayard, 2004.
12 mars 2008
ITW-TR
Tariq Ramadan le charismatique
Interview parue dans Le courrier de l’Atlas, avril 2008

1- Leïla Babès, comment expliquez-vous son succès progressif et la manière dont il s’est imposé sur la scène médiatique et aussi socio-politique?
LB Le succès de TR tient essentiellement à son charisme, porté par un talent oratoire et un verbe puissant. Le personnage séduit et fascine. D’abord les milieux des jeunes musulmans, canalisés par des associations qui gravitent presque toutes autour de mouvements qui appartiennent aux Frères musulmans, comme l’UOIF en France, et qui disposent d’énormes moyens d’organisation. Ces jeunes, majoritairement issus des milieux immigrés, de parents analphabètes, nourris par une culture musulmane populaire, sont subjugués par ce brillant orateur, petit-fils du fondateur des Frères musulmans. Bien qu’ignorant tout de Hassan Al-Banna et de l’organisation qu’il a fondée, mis à part les écrits apologétiques de TR, ils voient dans le prédicateur suisse un modèle de fierté. TR parle bien, c’est un redoutable polémiste, il leur délivre un enseignement moral, et ça leur suffit.
Le succès médiatique de TR tient aux mêmes raisons : le charisme du personnage, la fascination qu’il exerce sur certains milieux médiatiques, politiques et religieux, et à la fois, son attachement à des idées traditionalistes. Le fonctionnement des médias est tel que dès lors qu’on est séduit par un acteur social, on l’invite systématiquement, faisant fi de la diversité des courants à l’intérieur de l’islam.
Par conséquent, le succès médiatique de TR est dû à son seul charisme, et non à ses idées.
2- Que pensez-vous de sa lecture de l’islam et des textes?
LB TR est fondamentalement un prédicateur. Le fait de se présenter comme un islamologue –même s’il enseigne effectivement cette discipline-, est d’ailleurs ambigu, en ce sens qu’il tend à faire passer ses écrits et ses discours confessionnels et engagés dans la propagande d’une idéologie islamique, pour de l’islamologie, donc de la science. C’est un peu comme si on disait que TR faisait le même métier que Maxime Rodinson, Jacques Berque, ou Bernard Lewis, ce qui est absurde. La science exige une distance critique, et TR n’en a aucune.
Quant à sa lecture de l’islam, je la trouve fondamentalement traditionaliste. Travesti par un langage qui emprunte abondamment à la modernité, son discours colle entièrement à la tradition et aux idées de son grand-père dont il reconnaît lui-même qu’il ne renie rien de son héritage. On le présente comme un réformateur, titre dont il se réclame lui-même, mais on peut légitimement s’interroger sur son projet. A-t-il proposé la moindre réformette sur les discriminations envers les femmes, le statut des non-musulmans, la peine de mort réservée à l’apostat, la flagellation, l’héritage des femmes, la polygamie, etc. ? Non. Quant à son idée de faire un moratoire sur la lapidation, elle est tout simplement pathétique. Ce qu’il propose, c’est que les docteurs de la loi et autre prédicateurs, se mettent à discuter pour savoir s’il y a dans la loi, la moindre possibilité d’en suspendre l’application. Or, si effectivement cette prescription ne figure pas dans le Coran, elle a cependant été ajoutée dans la loi. On n’imagine pas, eu égard à l’intransigeance des clergés et des islamistes qui exercent –comme en Egypte- une influence considérable sur tout ce qui touche à la sacro-sainte charia, une quelconque disposition à faire un effort d’ijtihad.
3- Quelle est votre propre approche de ces mêmes textes et quels sont les sujets sur lesquels, selon vous, doit en priorité se pencher la pensée musulmane contemporaine?
LB Il faut multiplier les appels en direction des Etats pour qu’un conseil international de sages, composés de dignitaires intègres –hommes et femmes-, se constitue d’urgence pour se pencher en priorité sur les dossiers brûlants. Il ne s’agirait pas d’un quelconque comité qui ferait des vœux pieux, mais d’une véritable autorité, capable de faire pression sur les pays où les atteintes aux droits de l’Homme sont les plus criantes. Il est impératif que l’application des châtiments corporels, ces pratiques d’un autre temps, puisse être suspendue. Il faudra ensuite supprimer ces infâmes codes de la famille qui maintiennent les femmes dans une situation exécrable, rétablir les droits constitutionnels de celles-ci, se pencher sur le sort déplorable des minorités religieuses, etc.
Il ne s’agit là que d’une piste. Les moyens ne manquent pas et les méthodes non plus. Ce sont les bonnes volontés qui font défaut.
Sur un autre plan, il est urgent de réformer les systèmes éducatifs, revisiter les textes qui portent atteinte aux droits de l’Homme, interdire les partis politiques fondés sur l’appartenance religieuse, les discours et les idéologies qui appellent à la violence et à la haine contre les femmes, et l’impunité avec laquelle n’importe qui excommunie ses congénères, et faire en sorte que les pouvoirs politiques cessent d’instrumentaliser la religion. La liste n’est qu’indicative. C’est dire que c’est à une véritable révolution culturelle et politique qu’il faut s’atteler.
Les jeunes musulmans, si curieux de leur religion, si enthousiastes et si dynamiques, ont un rôle considérable à jouer dans cette affaire. Mais encore faut-il qu’on leur apprenne à cultiver leur sens critique, au lieu de les endoctriner par des certitudes et des schémas identitaires rigides.
11 mars 2008
Diatribes
Diatribes anti-islam
Les diatribes anti-islam du député populiste néerlandais et chef du Parti pour la liberté, ainsi que le court-métrage de 15 minutes que Geert Wilders, c’est son nom, intitulé « Fitna », menace de diffuser sur internet, soulève, par-delà le positionnement très particulier des Hollandais sur l’islam et la présence des musulmans dans ce pays, les différences d’approche dans le traitement critique de l’islam.
Dans ce court-métrage qui n'a jamais été diffusé, Geert Wilders décrit le Coran comme un texte « fasciste » qui incite à la violence et à l'oppression des femmes et des homosexuels. En outre, dans une lettre ouverte, le député a demandé l'interdiction du Coran aux Pays-Bas, y compris dans les mosquées, allant jusqu'à le comparer au livre d'Hitler, « Mein Kampf ».
Le député néerlandais qui a été le premier à demander l’interdiction du voile dans la rue, s'inspire également de la journaliste italienne Oriana Fallaci, décédée en 2006, auteur d’un livre-brûlot anti-musulman, écrit au lendemain du 11 septembre et publié en 2002, La rage et l’orgueil.
Voici quelques citations du livre d’Oriana Fallaci qui affirme ne faire aucune différence entre l’islam et l'islamisme, et qui illustrent sa haine raciale à l’égard des Musulmans et des immigrés : « au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, les fils d'Allah passent leur temps avec le derrière en l'air à prier cinq fois par jour et se multiplient comme des rats », le Coran n'a jamais prêché que le mensonge, la calomnie et l'hypocrisie », les immigrés musulmans sont comme des « hordes de sangliers » qui « transforment en casbah les villes glorieuses de Gênes et de Turin », les Albanais inoculent aux Italiens la syphilis et le sida, et « pour accompagner tout ça, les dégoûtantes traces d'urine qui profanent les marbres du baptistère (parbleu ! Ils ont la giclée longue les fils d'Allah)...». Elle parle aussi des «miasmes nauséabonds», des «braillements du muezzin», de «la fumée puante», «de leur bouffe», et pour finir, répond à Tahar Ben Jelloun qu'« il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût ».
Le livre d’Oriana Fallaci a été vendu à des millions d’exemplaires, et traduit dans plusieurs langues, malgré, et sans doute grâce à la polémique qui s’en est suivie, partout, et les tentatives –avortées- en France notamment, de le faire interdire. On peut s’interroger longuement sur les raisons qui ont poussé cette ancienne correspondante de guerre, journaliste renommée qui connaissait bien le monde arabe et qui a interviewé nombre de chefs d’Etat musulmans comme Kadhafi et Khomeini, à basculer dans une haine raciale digne des pires extrémistes de droite.
Le choc provoqué par les attentats du 11 septembre, le sentiment d’insécurité que les plus fragiles, socialement et mentalement, imputent à la présence des musulmans sur le sol européen, voilà qui peut expliquer de tels dérapages.
On retrouve chez le député hollandais ce même rejet viscéral qui amalgame musulmans, immigrés et terroristes, et qui va jusqu’à voir dans les origines de l’islam et dans le Coran, la source du mal et de la menace pour la civilisation occidentale, blanche et chrétienne.
Geert Wilders rejette l'idée d'un islam modéré, déclarant que le Coran appelle les Musulmans à soumettre, poursuivre, tuer les juifs, les chrétiens et les non-croyants, à violer les femmes et à imposer un Etat musulman.
La réaction de Geert Wilders intervient à la suite de l'agression d'un jeune conseiller municipal de la banlieue de La Haye , d’origine musulmane, Ehsan Jami, qui a fondé un comité de soutien aux apostats musulmans.
Accusée en 2006 d’avoir menti sur son identité, son passé et son statut pour obtenir l’asile politique aux Pays-Bas, la jeune femme a été contrainte de démissionner de son poste de parlementaire et vit actuellement aux Etats-Unis.
Comme ses compatriotes Théo van Gogh et Geert Wilders, Aayan Hirsi Ali étend sa critique à la foi musulmane et aux dogmes de l’islam. Très critique à l’égard du Prophète qu’elle accuse de pédophilie pour avoir épousé Aysha lorsque celle-ci avait 9 ans, et d’avoir détourné à son profit la femme de son fils adoptif, elle pense qu’aucune libéralisation n’est possible dans l’islam sans une remise en cause du Prophète et du Coran.
Ce qui frappe aux Pays-bas, dans ce pays marqué par la libéralisation des mœurs et le multiculturalisme, c’est la double présence très conflictuelle d’un courant politique xénophobe et d’une minorité de libres-penseurs issus du monde musulman, comme le montre le cas de Aayan Hirsli Ali et cette association de défense des apostats musulmans, ou plutôt des anciens musulmans, pour dire les choses correctement.
Il est bien rare, dans les sociétés occidentales, et encore plus musulmanes –compte tenu de l’absence de liberté de conscience et du tabou que constitue toute sortie affichée de l’islam, considérée comme un acte d’apostasie, donc passible de la peine de mort, et dans le meilleur des cas, de trahison à l’égard de l’islam-, il est rare disais-je, que des athées de culture musulmane ou des personnes ayant renié leur foi, l’expriment publiquement, et il est encore plus rare qu’ils se livrent à une critique viscérale de l’islam et des musulmans. De telles personnes sont évidemment l’objet de menaces de mort, comme c’est le cas pour l’ex-députée néerlandaise, actuellement sans protection officielle et qui demande la citoyenneté française, et c’est aussi le cas de l’écrivaine bangladeshi Taslima Nasrin, menacée de mort en 1994 par les islamistes pour avoir écrit un roman jugé blasphématoire. On peut également citer l’indo-pakistanais Ibn Warraq, un pseudonyme, auteur d’un ouvrage lapidaire intitulé « Pourquoi je ne suis plus musulman ».
En Allemagne, pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur les dangers de l’islamisation, plusieurs dizaines de personnes de culture musulmane, originaires d’Iran, d’Irak, de Turquie, d’Afghanistan, du Maroc, de Mauritanie, etc., ont organisé en janvier 2007 un «Conseil central des ex-musulmans» au cours duquel elles ont renié publiquement.
L’avenir nous dira si cette initiative, comme celle crée aux Pays-Bas, annonce l’émergence de mouvements organisés susceptibles de se constituer en organismes chargés de défendre la cause des libres-penseurs et des apostats.
Quoiqu’il en soit, quiconque a la liberté d’exprimer son opinion religieuse ou philosophique, comme le prévoit la loi, au nom de la liberté d’expression et la liberté de conscience, et le droit d’être protégé contre toute parole, tout acte pouvant menacer sa vie, que l’on soit d’accord avec ces opinions ou non.
Néanmoins, on peut s’interroger sur la pertinence d’une telle démarche. A quoi sert de dire qu’il faut remettre en cause les dogmes d’un milliard et demi d’individus ? Faut-il contraindre les gens à ne plus croire ? N’est-ce pas contraire à cette même liberté de conscience qui donne la liberté et de le droit de ne pas ou de ne plus être croyant ? N’est-ce pas se tromper de cible ? Ce sont certaines lois et dispositions de la loi islamique ainsi que tous les soi-disant codes de la famille et autres statuts personnels qui entravent les libertés individuelles et l’égalité entre les citoyens et entre les hommes et les femmes. La source du mal n’est pas dans les croyances aux anges, aux prophètes et au Jugement dernier, dans la prière et le jeûne, mais dans les systèmes juridico-politico-religieux qui perpétuent le despotisme, les inégalités, les discriminations et l’instrumentalisation de la religion. Elle est dans l’incapacité des Etats musulmans à juguler l’influence néfaste des courants islamistes et le terrorisme.
Par conséquent, ce n’est pas en s’attaquant de manière frontale aux croyances sacrées des gens, mais en les éclairant sur les dangers de l’instrumentalisation de la religion dans l’espace du politique et du droit qu’il faut agir.
Quelle que soit la pertinence de la démarche de Aayan hirsli Ali, elle a eu le mérite de dire cette vérité riche d’enseignement : « Les musulmans devraient descendre dans la rue quand des gens sont décapités et tués dans des explosions au nom de leur Prophète, et pas seulement quand des dessins de Mahomet sont publiés ».
Leïla Babès le 12/03/2008

14 février 2008
La charia est-elle soluble
La charia est-elle soluble dans le dialogue ?
par MOHAMED TALBI

Jeune Afrique
29 avril 2002
Une confrontation sans précédent entre deux conceptions opposées de la loi
islamique.
Encore une fois, je bondis sur une
information de France 2 (journal de 20 heures du 26 mars). J'apprends que le
wahhabisme est enseigné dans les prisons françaises, livres à l'appui présentés
à l'écran, apprenant aux délinquants musulmans, qui en avaient vraiment besoin,
qu'il est licite de répandre le sang des apostats et autres blasphémateurs.
C'est la Loi d'Allah ! Après plus de deux siècles de réformisme musulman, on en est encore
là. Incroyable et ahurissant, mais c'est comme cela, les manuels qui circulent
dans les prisons à l'usage des détenus musulmans leur inculquent la vérité
wahhabite sous le couvert des aumôniers contre lesquels on ne peut rien en
vertu de la loi des hommes, celle de la République.
Pourquoi ? On ne peut ici faire un exposé, même partiel, du
réformisme musulman. Disons qu'il est, dès le départ, mal parti. Il prit la
forme de ce qu'on appelle le salafisme, la sacralisation d'un âge d'or
mythique, celui des salaf, des Anciens, en tout point impeccables et parfaits,
qu'on ne peut qu'imiter et faire ressurgir pour restituer à l'islam sa
splendeur passée, et rattraper le retard pris sur l'Occident impie, dépravé et
permissif. Le slogan de tous les salafistes - tous les islamistes violents et
non violents le sont - est : « La solution, c'est l'islam. » Entendons, le
retour à la Loi
d'Allah, à l'application de la charia dans son intégrité, telle qu'elle fut
codifiée, ne varietur, il y a plus de mille ans. Le salafisme n'est pas « intégriste », terme impropre, de connotation
catholique. Il est intégraliste, attaché au retour intégral à la charia. Or
celle-ci déclare licite le sang de tout apostat et assimilé. Le crime d'être
d'une opinion divergente, à partir d'une certaine gravité laissée à
l'appréciation des oulémas, est passible de la peine de mort, sans qu'il soit
nécessaire de recourir au verdict d'un tribunal. Toute barbe surmontée d'un
turban est compétente en la matière. L'exemplarité du cas Rushdie ne doit pas
être oubliée.
Le salafisme est une énorme machine embrayée sur la marche arrière dont le
concepteur fut le Saoudien Mohamed Ibn Abd el-Wahhab (1703-1792), qui a donné
son nom, malgré lui, au wahhabisme qu'il implanta, à la pointe de l'épée, en
Arabie, devenue saoudite, et qu'il ambitionnait, si besoin est, par la manière
forte, d'étendre à tout le monde de l'islam. On a combattu dans sa doctrine ce
qu'il y avait de positif, la lutte contre le maraboutisme et l'idolâtrie (le
culte des bétyles, auquel l'Arabie du XVIIe siècle était pratiquement revenue),
et on lui a emprunté ce qu'il y avait de négatif : l'intégralisme. Tous les
réformismes sont intégralistes. Ils sont les seuls à avoir pignon sur rue, les
seuls à profiter d'une parfaite organisation, les seuls à profiter, lorsqu'ils
ne sont pas pourchassés par les pouvoirs politiques, d'un appui étatique qui
peut, selon les contingences, varier. On ne peut ici entrer dans les détails.
Pour fixer les idées, nous ne citerons que quelques ténors.
D'abord le trio le plus célèbre : Jamel el-Dine el-Afghani (1838-l897), Mohamed
Abdou (1849-1905), et Rashid Ridha (mort en 1935). Leur combat fut surtout
éducatif et fondamentalement pacifique. Le penseur le plus original et le plus
profond de leur époque fut l'Indo-Pakistanais Mohamed Iqbal (mort en 1938). Il
avait fréquenté Henri Bergson (1859-1941) et Louis Massignon (1883-1962), mais
n'avait pas fait école. Les circonstances ne le permettaient pas.
Avec la Seconde Guerre mondiale, l'exacerbation du colonialisme et la résistance qu'il engendra, la
violence avait le vent en poupe. La création de l'État d'Israël, en 1948, créa
par ailleurs une situation de blocage sur le plan de la pensée, favorisa les
dictatures et déclencha dans toute la région une logique de guerre. La violence
révolutionnaire héritée du marxisme, baptisé dans les années cinquante à l'eau
bénite du socialisme scientifique, fut islamisée sous forme de djihad
On doit ce tournant décisif, dont les conséquences se font toujours sentir, à
un instituteur de génie, Hassan el-Banna (1906-1949), créateur du mouvement des
Frères musulmans, assassiné par la police égyptienne qui avait imputé, quelques
mois plus tôt (le 28 décembre 1948), aux Frères l'assassinat du Premier
ministre Mahmud Nukrashi. Son programme en cinquante points, qui vise à
instaurer un État islamique gouverné par la charia, est disponible en
traduction française dans la revue Islam de France (n° 8, janvier 2001).
Ce programme constitue, à quelques nuances près, la base commune de tous les
réformateurs salafistes dont les figures contemporaines les plus marquantes
sont celles du Pakistanais Sayyid Aboul A'la el-Mawdoudi (1903-1979), de
l'Indien Abu el-Hassan el-Nadawi (mort en 1999), de l'Égyptien Sayyid Qutb
(1906-1966), pendu par Nasser après avoir été affreusement torturé, et, de nos
jours, l'incontournable Cheikh el-Qaradhawi qui, par le canal d'Al-Jazira, dit
la charia à tous les musulmans qui l'écoutent et le vénèrent par millions.
C'est dans cette ambiance qu'une féministe décidée et combative, sociologue de
formation, Leïla Babès, et un salafiste libéral qui se réclame d'el-Banna,
Tareq Oubrou, imam de fonction, viennent de nous donner un ouvrage à deux voix,
Loi d'Allah, loi des hommes, que je recommande vivement à tous ceux qui
s'interrogent sur une foule de questions qui vont de la viande halal aux
mariages mixtes, en passant par le foulard dit islamique et la légitimation,
que les aumôniers enseignent dans les prisons, de la mise à mort des apostats
et autres blasphémateurs.
Leïla Babès, elle n'est pas la seule, est révoltée et scandalisée par la
question de l'apostasie. « Pouvons-nous, aujourd'hui, accepter la peine de mort
réservée aux apostats, les mains coupées, le statut discriminatoire de la
femme, et prétendre que nous respectons la liberté, le pluralisme et les droits
de l'homme ? [...] Je ne suis pas fondamentalement contre le droit musulman et,
personnellement, je l'adopterais s'il était conforme aux principes que j'ai
évoqués. » Ces principes sont ceux de « liberté et égalité » entre hommes et
femmes figurant en sous-titre de l'ouvrage.
Dans une véritable bataille rangée à
coup de versets et de hadiths, dans laquelle elle prend souvent le dessus sur
son interlocuteur, elle défendra ces principes avec une compétence telle qu'en
fin de volume, celui-ci lui adresse cette invitation : « Bienvenue au club des
canonistes ! » Elle lui répond : « J'attends de vous accueillir dans le
mouvement populaire des masses féministes. » À quoi Tareq Oubrou rétorque : «
Je pense que j'en suis déjà membre, mais à ma façon. »
Ces répliques montrent que, dans un climat de liberté et de dialogue, que seul
l'Occident offre - partout ailleurs dans le monde musulman livré à la
dictature, on guillotine la pensée libre ou on la force à émigrer -, il est
possible et fructueux de jeter des ponts entre modernistes et salafistes. En
tuant la pensée libre, les dictateurs sont responsables des obscurantismes et
des terrorismes. La violence ânifiante et dégradante des uns, qui font avaler à
leurs peuples, universitaires compris, dans des élections systématiquement
truquées, des pourcentages honteux et révoltants, génère la violence et la crispation
des autres. J'avais déjà dit que l'espoir de rénovation dialogique et pacifique
de la pensée musulmane, et consécutivement l'évolution de la charia, repose sur
les minorités musulmanes d'Occident.
L'ouvrage de Leïla Babès et Tareq
Oubrou, un « 'alim éclairé » et « un homme libre de ses pensées et de ses avis
», me confirme dans cette conviction.
Sur la question axiale de l'apostasie, clé de voûte de toutes les évolutions,
c'est-à-dire sur le droit de penser différemment et librement, jusqu'au blasphème
et au rejet de l'islam, Tareq Oubrou, sans aller jusqu'à la dénonciation des
dispositions de la charia en la matière, ce que Leïla Babès lui reproche, est
poussé à admettre que « l'ensemble d'arguments » que celle-ci lui oppose lui «
permet de dire que la question de la condamnation à mort d'un apostat n'est pas
juridiquement et indéniablement fondée ni appropriée ».
Ce pas est énorme pour un salafiste, lorsqu'on songe que, sur ce point, les
dispositions de la charia font l'unanimité de tous les islams - pas seulement
le wahhabisme - et qu'elles sont enseignées aux étudiants, tous sur ce point
des « talibans », dans « toutes les universités arabes », y compris dans les
pays réputés modernes. Ce pas, si prudent soit-il, Tareq Oubrou n'aurait pu le
faire ailleurs qu'en Occident, ce qui nous ramène au rôle avant-gardiste de ce
que nous avons appelé l'Euro-Islam.
On ne peut énumérer toutes les autres dispositions contestées de la charia. Le
lecteur musulman les découvrira de lui-même pour le repos de sa conscience et
sa cohérence intime avec soi-même sans sentiment de culpabilité. À titre
d'exemple, sauf le porc, il pourra manger toute viande, pourvu « que la bête ne
soit pas sacrifiée au nom d'une autre divinité que Dieu ». Leïla Babès et Tareq
Oubrou tombent pratiquement d'accord pour estimer qu'il suffit « que la viande
qui arrive dans nos assiettes soit saine et de bonne qualité, pour qu'elle soit
tout à fait halal ». Plus de problème de cantine donc pour les parents. Pour ce
qui est du mariage d'une musulmane avec un chrétien ou un juif, il y a en fait
« un vide juridique », « car en réalité l'interdiction n'est pas justifiée par
un texte formel », admet Tareq Oubrou, qui, par ailleurs, souligne : « Quant à
la communauté, qui n'est pas une Église, elle n'a aucun droit d'exclure ses
filles musulmanes parce qu'elles ont fait ce choix, quelquefois inévitable. »
Tariq Ramadan, le petit-fils d'el-Banna par son grand-père maternel, est du
même avis. Voilà de quoi apaiser beaucoup de consciences et éviter d'innombrables
drames.
Enfin le voile ! Tareq Oubrou ne va pas jusqu'à abroger ce qu'il considère «
une norme scripturaire jusqu'à la fin des temps » - en cela il est en deçà
d'Abdou -, mais il émet cette « fatwa situationnelle » : « J'informe la fille
ou la femme qui risque l'expulsion de son établissement scolaire ou de son
travail ou pour d'autres raisons, qu'elle a la dérogation de ne pas couvrir ses
cheveux ni dans l'école ni dans son travail.
Pour ma part, je rappelle ce que j'avais déjà écrit ailleurs : aucune
obligation explicite dans le Coran pour la femme musulmane de se couvrir les
cheveux. Quant aux hadiths, c'est une autre affaire.
12 février 2008
TR contre AM
Tariq
Ramadan contre Abdelwahab Meddeb

On aurait pu
s’attendre, dans cette émission de « Ce soir ou jamais » du 30 janvier
2008, intitulée « L’islam et le monde d’aujourd’hui », à un véritable
face-à-face, tel que c’était annoncé, entre Abdelwahab Meddeb et Tariq Ramadan.
On eût nettement l’impression, au fur et à mesure du déroulement de l’émission,
que ce dernier ne poursuivait qu’un seul but : la déstabilisation de son
adversaire, l’attaque systématique adossée au projet mûrement préparé de
démonter pièce par pièce les failles de son interlocuteur. A contrario, face à un Ramadan agressif, jubilant de pugnacité et
d’auto-satisfaction, Meddeb restait imperturbable.
Si l’on fait
abstraction de cette unique séquence durant laquelle l’auteur de La maladie de l’islam[1]
a attaqué en rappelant que le mal avait commencé avec le grand-père de
Tariq Ramadan, un homme « qui n’était pas un intellectuel, et qui a écrit de
misérables épîtres », l’offensive ne venait que du côté du
prédicateur suisse.
Cinq points forts
ont marqué l’émission : l’Afrique du Nord, la confusion entre le politique et
le religieux, le terrorisme, la shari’a et la « réforme », la laïcité
Vs démocratie, et le jihad.
I- C’est la faute à l’Afrique du Nord
Relevons d’abord
cette « perle » de TR, répondant à AM qui évoquait les
discriminations dont les femmes sont l’objet dans le monde de l’islam :
« L’islam
n’a pas de problème avec les femmes, les Musulmans, si. En Afrique du Nord, en
Asie, il y a des cultures discriminantes… le féminisme musulman lutte contre
ces cultures traditionnelles ».
On retrouve
bien là le mépris dont TR a toujours fait preuve à l’égard du Maghreb (je
renvoie à mon article « L’identité islamique européenne selon Tariq
Ramadan »[2]).
Les coutumes
patriarcales en Europe, ce sont les Maghrébins qui les ont importées. Non pas
les Musulmans ni les Arabes, pas même les Indo-Pakistanais (au Royaume Uni), ni
même les Noirs d’Afrique subsaharienne, mais spécifiquement les Maghrébins. Une
attaque caractéristique du dédain que les Machrékins (habitants du
Moyen-Orient) ont toujours éprouvé à l’égard de ces frères honteux de
l’Occident arabe. Ou plutôt si peu arabe, pays berbère, si peu islamisé, mal
arabisé. Les Egyptiens n’ont-ils pas envoyé des milliers d’instituteurs dans
l’Algérie postcoloniale pour apprendre à ce peuple fruste la langue
arabe ?
En vérité,
c’est surtout l’idéologie des Frères musulmans que ces soi-disant maîtres
d’école, à peine alphabétisés, propagandistes acquis aux thèses de Hassan
al-Banna plus qu’instituteurs de métier, ont distillée dans les esprits.
Ce sont ces
imposteurs, obscurs prédicateurs du Sud égyptien qui ont inspiré et préparé les
courants arabophones dans lesquels s’est recruté la majorité des islamistes
algériens.
Or n’en
déplaise à TR qui dans sa fourberie habituelle s’est complu à faire ce tour de
passe-passe, ce ne sont pas les coutumes locales, la culture maghrébine comme
il le dit dans un sens extrêmement péjoratif, qui sont cause de discriminations
à l’égard des femmes, mais l’islamisme qui s’est toujours accommodé de
celles-ci et les a instrumentalisées.
Le Maghreb a
toujours été considéré par les Machrékins comme « le manche du vêtement »,
selon l’expression du géographe Ibn Hawkal (m.990), c’est-à-dire superflu, sans
importance.
Lorsque tout
le monde emploie le mot « Maghreb », TR lui, use de la bonne vielle
expression « l’Afrique du Nord »… Une dénomination qui renvoie le
Maghreb à l’Antiquité pré-arabe et pré-islamique, et qui rappelle la période
coloniale.
L’Afrique du
Nord, c’est africain, c’est cette portion du continent, habitée par un peuple
non civilisé, mal arabisé et mal islamisé, avec ses coutumes patriarcales et
ses traditions discriminantes à l’égard des femmes. Il ne viendrait même pas à
l’esprit de TR que le Maghreb soit la seule région du monde arabe qui résiste un
tant soit peu à l’invasion islamiste, au voile systématique et à l’obscurantisme,
et que c’est entre autres pour cette raison qu’il est pris comme cible par les
terroristes d’al-Qa’ida qui ne cachent pas leur haine de ces « fils de la France, suppôts des croisés ».
Les coutumes
patriarcales, c’est le Maghreb, nous dit TR, pas l’islam. Sont-ce aussi les
Maghrébins qui ont inventé la lapidation, la flagellation, l’amputation des
mains, la polygamie, la peine de mort pour l’apostat, la moitié de la part
d’héritage et le voile islamique ?
C’est contre
ces coutumes que le « féminisme musulman » se bat, nous dit-il.
Passons sur l’usage du mot « musulman » au lieu de
« islamique », comme s’il s’agissait de la foi, du dogme ou des
observances, alors que nous parlons là d’un mouvement idéologique qui a usurpé
un concept qui n’est pas la sien. Il n’y a pas plus de féministes musulmanes
que de féministes catholiques, juives, bouddhistes ou animistes[3],
et il n’y en a pas plus qu’il n’y a d’islamistes laïques.
II-Confusion inversée
Selon TR, AM
confondrait… le religieux et le politique ! Extraordinaire opération d’inversion.
Ainsi, AM, qui n’a cessé de dénoncer, depuis La maladie de l’islam, la consubstantialité du religieux et du politique,
non seulement dans l’islamisme contemporain, mais également dans tout
l‘histoire de l’islam, confond ces deux registres, alors que lui, TR, héritier
du fondateur des Frères musulmans, le parti qui a fait du Coran sa constitution,
n’est pas dans la confusion.
Est-il
nécessaire de rappeler que TR n’a jamais caché son admiration pour
Hassan-Al-Banna, son grand-père, celui qu’il tient pour « le plus influent des réformistes musulmans de ce siècle »[4], déclarant sans
ambiguïté : «J'ai étudié en
profondeur la pensée de Hassan al-Banna et je ne renie rien de ma filiation[5]. »
Or, comme
chacun sait, toute la doctrine du fondateur des Frères musulmans repose sur la
confusion entre le politique et le religieux, comme le montre cette déclaration
de Hassan Al-Banna, véritable profession de foi de l’islam politique : « L'islam est à la fois religion et pouvoir, adoration et
commandement. Coran et épée unis de manière indéfectible. (...) Dire que la
religion est une chose et la politique en est une autre, est une prétention que
nous combattons par tous les moyens. (...) L'islam auquel croient les Frères
musulmans fait du pouvoir politique l'un de ses piliers... Dans nos livres de
droit musulman, le pouvoir politique est un article de foi et un tronc et non
une élaboration juridique et une branche. (...) Pensez-vous que le musulman qui
accepte la situation présente, qui se consacre à l'adoration, et laisse le
monde et la politique aux impuissants, aux criminels, aux étrangers et aux
impérialistes peut être considéré comme musulman ? Non, il ne le peut pas. Il
n'est pas musulman. Car l'islam authentique est à la fois djihad et action,
religion et État[6]. »
Nous pouvons donc considérer, dans la mesure
où il reconnaît tout assumer de la pensée de son grand-père, que TR fait sien
ce discours. Vouloir passer pour un champion de la distinction entre le
politique et le religieux n’a donc aucun sens. D’ailleurs, TR ne conçoit pas
l’islam simplement comme une foi individuelle, en l’absence d’une Eglise, d’une
médiation, d’un dispositif structuré doté de prédicateurs, de gestionnaires,
d’imams et de directeurs de conscience. Il ne s’en est guère caché : « Le but (en France
et en Europe) : c’est l’institutionnalisation de l’islam ».
Autre illustration, cette fois du
prédicateur Al-Qaradawi, star de la chaîne Al-Jazeera, référence canonique
des Frères musulmans et président du Conseil européen des fatwas. TR s’est
souvent produit avec lui dans les rencontres organisées par les mouvements qui
appartiennent à cette mouvance. Voilà ce qu’il en dit : « Al-Qaradawi
est originellement de l'école de Hassan al-Banna et son aura dépasse toute
affiliation à un groupe ou à une organisation ».
On aura noté le
soin méticuleux du prédicateur suisse à gommer, comme le font tous les Frères
musulmans –à l’exception des représentants officiels du mouvement en Egypte-, l’appartenance
à l’organisation : un acte de dissimulation qui relève de cette culture du
secret caractéristique de la stratégie du double langage. Mais passons. Le
prédicateur égyptien, producteur intarissable de fatwas à tour de bras,
appartient bien au courant de Hassan Al-Banna, et cette proximité vaut
également TR et lui.
Voilà ce que
déclare Al-Qaradawi : « L'islam
rejette totalement cette fragmentation entre ce qu'on appelle religion et ce
qu'on appelle l'État : du point de vue de l'islam, tout relève de la religion,
tout relève de la Loi[7]. »
Nulle séparation entre la religion et la politique, rejet total de
la laïcité, et traduction quasi-naturelle de l’islam en termes juridique et politique,
tels sont les mots d’ordre des Frères musulmans, de Hassan Al-Banna à
Al-Qardhawi. TR n’ayant jamais pris ses distances avec de telles déclarations,
il y a tout lieu de croire qu’il partage la même vision.
Autre
affirmation d’Al-Qardhawi : « Nous
ne saurions être croyants si l'islam ne devient pas notre mode de vie, si le
Coran ne devient pas la
Constitution de notre société, si la Loi de l'islam ne régit pas
toutes nos affaires[8] ».
Soit-dit en
passant, quel serait donc le sort des Musulmans de France ? Dans la mesure
où la constitution de leur pays ne s’inspire pas du Coran et que l’islam ne
régit pas l’ensemble des aspects de leur vie, perdent-ils leur statut de
croyants ? Assurément, si l’on en croit le prédicateur favori de l’UOIF,
dont les prêches et les fatwas sont largement diffusées par cette organisation.
C’est dire que
la responsabilité de TR, comme des leaders de ce mouvement, est grande, dans le
trouble provoqué dans l’esprit des jeunes musulmans, pire, dans la fracture que
ceux-ci peuvent ressentir entre l’idéal islamique tel qu’on le leur apprend, et
la société laïque dans laquelle ils vivent. Comment peuvent-ils ensuite
prétendre qu’ils respectent les valeurs républicaines ? Au mieux, ils
parlent de respect, mais en tous cas, jamais d’adhésion, aucune compatibilité
n’étant possible entre les deux systèmes de valeurs. C’est là qu’on peut
mesurer l’étendue du double discours, caractéristique des Frères musulmans.
III- Le
terrorisme n’est pas condamnable du point de vue politique !
Mais revenons à TR, qui dit, à propos des
attentats du 11
septembre, cette phrase qu’il répètera avec les mêmes termes un peu plus tard
dans l’émission, à propos cette fois des attentats de Casablanca : « Du point de vue
religieux, c’est condamnable, mais du point de vue politique, c’est
différent… Il faut des processus de démocratisation et lutter contre la
répression qui produit l’extrémisme ».
AM,
probablement stressé par les interruptions intempestives de TR, n’a pas relevé
cette déclaration inouïe, dans laquelle le prédicateur suisse avoue
publiquement… ne condamner le terrorisme que d’un seul point de vue.
Qu’est-ce que
ça veut dire ? Si le terrorisme n’est pas condamnable du point de vue
politique, c’est qu’il se justifie. Nous connaissons la rengaine que nous
servent de manière indifférenciée tous ceux qui déresponsabilisent les
terroristes, leurs complices et partisans, comme les non moins complices, les
gauchisants et autres altermondialistes qui applaudissent à tout discours
occidentalophobe, même lorsqu’il s’accompagne de violence meurtrière :
l’impérialisme, les Etats musulmans dictatoriaux, corrompus et oppresseurs, la
répression contre les islamistes, etc. Peu importent les raisons, une telle légitimation du terrorisme se passe
de commentaire.
La
complaisance de TR à l’égard du terrorisme se distingue à peine de celle du
co-fondateur du FIS, Ali Belhadj, qui déclarait il y a quelques jours dans une
interview : « La solution n'est pas de critiquer ou de condamner. Il
faut régler le problème à la racine, c'est-à-dire trouver une solution
politique[9] ».
Autrement dit, négocier avec les terroristes, libérer ceux qui sont
emprisonnés, les dédouaner de toute responsabilité dans les massacres qu’ils
ont perpétrés, et pourquoi pas, leur céder le pouvoir.
IV- L’illusion du moratoire…
Passons sur
les protestations ringardes que TR nous sert systématiquement, sur « la shari’a, ce
n’est pas ce que vous croyez, ce n’est pas la jurisprudence mais l’esprit de la Loi , etc. ».
TR adore jouer sur les mots à seule fin de détourner l’attention des problèmes
de fond. Quel que soit le terme utilisé –et les Musulmans peuvent témoigner que
les islamistes eux-mêmes usent bien de ce vocable « shari’a » pour
parler de la Loi islamique, avec son dispositif de peines et de châtiments-, chacun comprend de
quoi il s’agit.
Sur le fond,
les précisions tatillonnes de TR ne présentent aucun intérêt, mais elles font
partie de ces moments si fréquents de diversion où le prédicateur se livre à
son exercice favori de détournement du sens du débat.
Interrogé par Frédéric Taddéi sur sa proposition de
« moratoire » sur la peine de mort avec lapidation, TR s’est justifié
en ces termes : « si on condamne, c’est inaudible pour les Musulmans. Ma
position est qu’un débat doit s’ouvrir sur la lapidation et les châtiments
corporels. Moi, je suis audible. Il faut regarder les textes et voir ce qu’ils
disent ».
Traduisons :
1) inutile de
condamner, ça ne sert à rien, vous, « musulmans laïques », n’avez aucune influence sur les clergés
et les islamistes. Moi, si.
2) Il faut
regarder les textes : nous savons bien ce que les textes disent. Ils
disent en gros qu’il est pratiquement impossible d’apporter la preuve de
l’adultère, eu égard aux conditions draconiennes qu’ils exigent : le
témoignage de quatre personnes ayant assisté à l’acte, et la preuve établie par
le recours à un fil séparant les deux corps. Cela a-t-il empêché qu’on lapide
des femmes en Arabie saoudite, en Iran, au Nigéria et au Soudan ? Non.
3) il n’est
pas question de demander l’abrogation de cette peine, ni même sa suspension,
mais ouvrir un débat avec ces mêmes clergés et autres islamistes. Que ce
moratoire dure un an, dix ans, ou un siècle, importe peu. On attendra donc de
ces vrais détenteurs du pouvoir, qui ont droit de vie ou de mort –ou plutôt
plus de mort que de vie- sur les malheureuses qui ont forniqué, débattent,
réfléchissent et décident.
Les clergés
des pays qui appliquent ces lois barbares, et les islamistes enragés qui ne
seraient rien sans leur sacro-sainte shari’a, sont-ils capables de suspendre la
peine de mort avec lapidation ? Si comme je le pense, TR n’est pas aussi
naïf pour le croire, alors, il est malhonnête, et surtout incapable de proposer
la moindre réformette pour faire évoluer le droit musulman. Pris au dépourvu
devant des millions de téléspectateurs, et soucieux de ne pas déplaire au
public non musulman qui l’aurait définitivement disqualifié s’il avait dit
qu’il s’accommodait de cette loi, et encore plus de ne pas décevoir son public
musulman s’il avait condamné cette peine et proposé son abrogation, il a trouvé
cette échappatoire ridicule.
En vérité,
qualifier TR de « réformateur » est encore plus ridicule. Il a beau
user des mots « adaptation », « réforme »,
« évolution », « modernité », il n’a jamais proposé quoi
que ce soit qui ressemble à une petite avancée en faveur des libertés
individuelles, de l’égalité entre hommes et femmes et de l’égalité entre
musulmans et non musulmans.
Si TR est un
réformateur, alors il l’est dans la fidélité aux « réformes » totalitaires
que son grand-père préparait aux Egyptiens et à tous les Musulmans. Il suffit
de se reporter au programme en 50 points de Hassan Al-Banna : un ensemble
d’obligations et d’interdits, un viol des foules, à donner froid dans le dos.
TR n’est rien
d’autre qu’un rhéteur creux, un pédant emphatique et redondant, un polémiste
intellectuellement malhonnête et dénué de toute profondeur et de créativité.
V- La démocratie contre la laïcité
En reprochant
au franco-tunisien AM de n’avoir jamais condamné le régime de Benali, et
au-delà, de privilégier la laïcité –donc soutenir les dictatures arabes-, au
détriment de la démocratie, TR adresse sa critique à tous les musulmans
laïques. Un moment fort, lorsque AM, contre toute attente, trancha : à
choisir, il opte pour la laïcité, une réplique dont TR, revenu de sa surprise,
profita –malhonnêtement, une fois de plus-, pour faire passer son adversaire
pour un anti-démocrate. La fourberie de TR était visible comme le nez dans la
figure, il avait préparé son coup : décrédibiliser AM aux yeux des
Musulmans.
Si ce n’est
qu’emporté par sa ruse jubilatoire, TR était restait sourd à cette vérité que
AM assénait avec une insistance heureuse : pour être moderne, il faut
savoir être infidèle, trahir, entrer dans l’ère du soupçon. Une posture que TR
n’est pas prêt, et ne le sera probablement jamais, à adopter.
Démocrate,
TR ? Reformulons la question : que dirait-il si les islamistes, une
fois élus, décidaient de ne pas appliquer les règles qui leur ont permis
d’accéder au pouvoir ? Car les islamistes n’ont pour l’instant exercé le
pouvoir démocratiquement nulle part, mis à part l’exemple –singulier- de la Turquie , et rien ne nous
autorise à supposer qu’ils soient disposés à respecter les règles du jeu
démocratique.
Bien entendu,
partout où ils ont échoué à conquérir le pouvoir par la force, les islamistes
revendiquent la démocratie. Pour eux. Même Ali Belhadj, celui-là même qui il
n’y a pas si longtemps, disait que la démocratie était kudr (mécréance,
apostasie), revendique aujourd’hui le « dialogue » avec le pouvoir[10].
Même le cheikh
Frère musulman A-Qaradawi est un
« démocrate » ! C’est TR lui-même qui l’écrit : « Son
discours sur la femme, sur la démocratie dont il défend les principes en les
inscrivant dans la philosophie politique musulmane, apporte un souffle nouveau »[11]. Quelle est donc cette
démocratie qui s’applique dans un système où la charia régit toute la vie des
Musulmans et où le Coran est la constitution ? Quel rapport entre la
souveraineté du peuple, et celle de la loi religieuse ? Une telle
manipulation des concepts, et un tel dévoiement des sens des mots, revient ni
plus ni moins à mystifier.
VI- Le jihad, rien que le jihad…
Répondant à
l’appel de AM à tout Etat qui inscrit dans sa constitution la mention
« l’islam, religion d’Etat », de déclarer le jihad nul et non avenu,
et après avoir rappelé que le vrai jihad était l’effort de perfectionnement
spirituel et souligné le distinguo entre le grand jihad et le petit jihad,
comme s’il s’agissait d’un scoop –quelle ringardise surtout-, comme si la lutte
armée n’avait qu’une existence insignifiante, TR précisa qu’il distinguait
également entre deux sortes de jihad : le jihad offensif, auquel il
s’oppose, et le jihad défensif, celui qui se pratique contre l’oppression, et
qu’il soutient.
Bien qu’il ne
l’ait pas précisé, il est facile d’imaginer à qui TR pensait : les
Palestiniens, les Irakiens, les Tchétchènes, les Afghans, etc. Autrement dit,
qu’il s’agisse du jihad mené contre les armées d’occupation comme en Irak ou en
Afghanistan ou celui mené contre les forces de l’ordre et les populations
civiles dans les pays musulmans, c’est un combat légitime.
C’est là ou AM
aurait dû lui retourner la question qui lui avait été adressée sur les
bombardements américains en Afghanistan et à laquelle il avait répondu « c’est un dégât
collatéral » : comment considérer les pertes des civils en
Algérie et au Maroc ?
Dans une vidéo
éditée par Tawhid et diffusée sur internet[12],
dédiée aux Palestiniens, face à un public ému et larmoyant, TR se livre à une
longue prière psalmodiée où il prie Dieu d’aider les Palestiniens, les
Tchétchènes et les Afghans dans leur lutte contre « l’ennemi », ainsi
que tous les frères en prison. De quels frères emprisonnés parle t-il, sinon
des islamistes arrêtés pour des faits d’armes terroristes ?
A ce niveau de
la réflexion, reste posée cette question : pour TR, les Musulmans laïques
sont-ils de vrais musulmans ? Le sont-ils moins que les terroristes ?
Ou ne le sont-ils guère ?
Leïla Babès le 12/02/2008
Commentaire
Je reproduis ici un commentaire, reçu le 1° avril, ainsi que ma réponse. Cette même réponse, je l'ai d'abord envoyée à l'adresse laissée par cet internaute, mais elle m'a été retournée :
"C'est donc cela le débat pour vous leila? Quelle mauvaise foi, quelle malhonnêteté, quel rancoeur. Lorsque vous étiez chez taddei en face de Ramadan tout ces invectives vous les avez passés sous silence et ici vous aboyez."
Réponse
Bonjour,
Sans
doute me connaissez-vous personnellement pour vous permettre de m'appeler par
mon prénom ? Mais dans ce cas, il eut été plus courageux de signer.
Vous
me semblez confondre entre les deux émissions. Croyez-vous donc que j'avais
peur face à Ramadan ? Ou que je n'ai pas été à la hauteur de la tâche ? Vous
faites erreur ! Sortez de votre fan-club ramadanesque, informez vous, et vous
verrez !
Le
fait est que l'écriture, -si tant est que vous puissiez comprendre cela-, donne
toute latitude, alors qu'une émission de télévision est pleine de contraintes.
Mais
ne vous méprenez pas : à la place de A.Meddeb, j'aurais dit un minimum de ce
que j'ai écrit, vous pouvez me croire.
Je
ne suis pas malhonnête, puisque j'ai le courage de mes opinions, je n'ai aucune
rancoeur, je me bats sur le terrain des idées. TR est dangereux, je j'écris et
je le répèterai.
Et
je n'aboie pas comme vous dites. Réfléchissez, et vous verrez de quel côté se
trouvent les aboiements, les rancoeurs, les frustrations et les jalousies.
Je
vous salue,
Leïla
Babès
[1] Seuil, 2005
[2] www.leilababes.canalblog.com
[3] Se reporter à L.Babès, Le voile
démystifié, Bayard, 2004
[4] T.Ramadan, Être
musulman européen. Etude des
sources islamiques à la lumière du contexte européen, Tawhid, 1999, p.418
[5] L'islam en questions, avec Alain Gresh, Sindbad, 2000, p. 28
[6] Rifaat el-Saïd, Contre l'intégrisme islamiste, Maisonneuve et Larose, 1994, p. 42
[7] Dr Youssouf al-Qaradâwî, Pourquoi l'islam ? éd. Arrissala,
Paris, 2002, p. 38
[8] Ibid, p. 21
[9] Le Monde du 08/02/2008
[10] Le Monde du 08/02/2008
[11] L'islam en questions, op.cit, p. 100-101
[12] http://fr.youtube.com/watch?v=onuEStqTk20

