Le blog de Leïla Babès

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24 avril 2008

Noyoud

Mariée à huit ans

 

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En matière de violences infligées à autrui, les hommes ont déjà commis le pire. Mais lorsque celles-ci sont exercées à l’endroit des enfants, c’est l’insoutenable qui est atteint. Nous savons tout ou presque, sur l’esclavage des enfants, les sévices corporels que des parents indignes leur administrent, leur exploitation dans des travaux pénibles pour de maigres salaires, leur utilisation dans les guerres que se livrent des peuples, la pédophilie, l’excision et son cortège de mutilations, etc.

Difficile d’établir une échelle dans le degré de l’horreur que nous inspire la maltraitance des enfants. Mais lorsqu’à la cruauté, s’ajoute la bêtise des coutumes patriarcales, et qu’un acte barbare s’est produit en terre d’islam, alors nous nous sentons davantage concernés.

Ce qui est arrivé à la petite Noyoud, une yéménite de 8 ans, dépasse l’entendement.

La fillette vient de déposer plainte contre son père et son mari, oui oui, son mari.

Noyoud avait été mariée de force à un homme de 22 ans son aîné. Deux mois après son mariage, elle se réfugie dans un tribunal, porte plainte, et raconte son calvaire : son père qui la battait et lui disait que si elle n’épousait pas cet homme, elle serait violée par d’autres hommes, et que personne n’en voudrait pour épouse. Sa mère, et toute sa parentèle féminine, complice, n’a rien fait pour la protéger. Quant au mari, il la battait aussi toutes les fois qu’elle s’isolait pour jouer, la traînait de force dans la chambre à coucher, et la violait.

Bouleversé par ce tragique récit, le juge cache Noyoud pendant quatre jours et fait arrêter son père et son mari. Mais le père, refuse catégoriquement de rendre sa liberté à la fillette. « C'est mon droit de la garder, disait-il t-il lors de l'audience. Ce n'est pas une question d'amour : je ne l'aime pas. C'est une question d'honneur : comment a-t-elle osé se plaindre de moi ? » Une donation anonyme de 100 000 riyals (317 €) en provenance des Émirats l'a finalement fait changer d'avis.

Comment une telle atrocité a-t-elle pu arriver ? Il y a d’abord les lois de ce pays, qui malgré des restrictions introduites pour limiter ce genre d’abus, restent laxistes à l’égard des coutumes. En effet, si la loi yéménite interdit le mariage avant 15 ans, elle autorise les contrats de mariage avec des enfants mineurs, les relations sexuelles entre époux restant interdites jusqu'à ce que la jeune fille soit «prête». Noyoud raconte qu’on lui avait promis qu’elle resterait chez ses parents jusqu'à 18 ans, mais qu’une semaine après le mariage, on l’a obligée à aller vivre chez son mari.

Si la consommation du mariage ne peut se faire que lorsque la jeune fille l’a décidé, pourquoi alors autoriser le mariage des enfants mineurs ? En vérité, les lois dans les pays où les atteintes aux droits de femmes et des fillettes sont les plus graves, comme les crimes d’honneur, l’excision, les mariages forcés, y compris pour les petites filles, les juridictions sont complaisantes à l’égard de ces coutumes, même si elles se teintent d’un semblant de lois de protection. Preuve en est que le père et le mari de Noyoud n’ont pas été poursuivis, et ne risquent pas d’être sanctionnés. Pour l’instant, la fillette s’est réfugiée chez un de ses oncles, avec sa petite sœur de 6 ans. Mais elle est toujours en danger, et risque d’être remariée, ou pire, être victime d’un crime d’honneur, pour avoir entaché l’honneur des siens.

Selon une étude réalisée en 2006, 52,1 % des filles yéménites sont mariées avant leur majorité, contre 6,7 % des garçons, et si la moyenne d'âge des mariés est en augmentation (14,7 ans pour les filles ; 21,5 pour les garçons), les filles continuent d'êtres mariées dès 8 ans dans certaines régions.

Dans les Etats pré-modernes, la coutume tient lieu de règle de droit. Chaque village, chaque tribu, chaque région, chaque ethnie, se trouve régi par la tradition locale. Les inégalités, les discriminations raciales, sociales et sexuelles sont la règle. Sans compter qu’en l’absence d’une justice supérieure, la loi du talion est largement pratiquée. L’individu n’est pas considéré comme un sujet de droit, il est entièrement soumis à la volonté et aux valeurs du groupe, comme la vengeance, l’honneur. Dans ces communautés où l’honneur de la famille ou du clan est considéré comme sacré, les sentiments filiaux, l’amour de son enfant, la compassion, la peur du châtiment divin, tout ceci s’efface au profit de la nécessité de retrouver l’assentiment du groupe, même si cela doit passer par le sacrifice de la fauteuse. La réaction indignée du père de Noyoud, sa peur du déshonneur et sa cruauté à l’égard de sa fille, illustrent bien cette fonction déshumanisante et criminogène de la coutume patriarcale.

On aurait pu imaginer qu’en terre d’islam, et en dépit des discriminations dont elle est porteuse, la Loi religieuse aurait pu servir de moyen de régulation et neutraliser ces coutumes qui contreviennent à son éthique. Mais c’est oublier deux choses : d’abord que là où elle n’a pas su faire valoir sa toute-puissance, la shari’a s’est souvent accommodée de la coutume, le ‘urf. L’exemple de l’exhérédation des femmes kabyles au XVIII° siècle, en est un exemple. Ensuite, quoique l’islam ait réduit les discriminations à l’égard des femmes (comme la limitation de la polygamie, le droit d’hériter et de témoigner, les restrictions établies dans la dénonciation des fornicatrices et des femmes adultères, le droit d’administrer des biens), la Loi islamique s’est largement inspirée des coutumes patriarcales et s’est accommodée de certaines d’entre elles. 

Dans ces pays d’islam où les pires crimes à l’égard des femmes et des fillettes sont commis, souvent au nom de la religion, ni les hommes de Dieu ni les politiques ne semblent disposés à  imposer une éthique supérieure, à même de protéger celles-ci. Et qu’est-ce qu’une fillette après tout ? Un être dangereux capable de menacer une famille, une charge dont il faut se débarrasser au plus vite, et qu’importe si on doit la vendre à un pédophile, tuer son innocence, ou la tuer tout court.

La seule chose capable de neutraliser le soi-disant honneur du clan est la cupidité. N’est-ce pas grâce à l’argent donné par un riche et anonyme Emirati que le père de Noyoud s’est désisté de ses droits parentaux ?

L’histoire de cette courageuse fillette de 8 ans, voilée de pied en cap, forcée à être femme avant l’âge, courant se réfugier dans un tribunal, après avoir couru longtemps avant d’être rattrapée par son pédophile de mari, est exceptionnelle. Combien d’autres fillettes dans son cas auront-elles la chance d’échapper à leurs tortionnaires ?

Aucune ou presque, tant que les pouvoirs publics de ces pays, par lâcheté, complaisance, et complicité, continueront de fermer les yeux sur l’un des crimes les plus barbares : la maltraitance des femmes et des enfants. 

 

Leïla Babès le 23/04/2008


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29 février 2008

Riposte laïque...

« Riposte laïque », ou les nouveaux pourfendeurs de l’islam

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En lisant les premiers articles de « Riposte laïque », j’ai immédiatement été frappée par leur teneur polémique et leur focalisation autour de tout ce qui touche à l’islam et aux Musulmans.

Il y a quelques mois, Michèle Vianès, proche collaboratrice de ce site, me téléphona. Mon premier contact avec elle remontait à deux ans, lorsqu’elle m’appela au sujet de son projet de faire quelque chose pour barrer la route à Hani Ramadan qui sévissait régulièrement à Lyon, et je lui apportai mon aide, notamment en reformulant le texte de présentation destiné à monter cette campagne. Bref, elle m’appela cette fois-là au sujet de « l’affaire Truchelut ». Je savais que cette dame avait été condamnée pour avoir refusé d’accueillir une femme voilée et sa famille dans son gîte rural, et bien que n’en connaissant pas tous les détails, je trouvais, au vu de ce que j’en avais lu, la campagne que menait « Riposte laïque » pour défendre Mme Truchelut au nom de la laïcité, excessive.

M.Vianès qui espérait m’entraîner dans cette campagne, ne m’a pas convaincue. J’avoue que ses méthodes –comme son projet de faire pression sur le parlement pour faire voter une loi interdisant la burqa dans la rue et le voile des petites filles-, ne correspondent pas à l’idée que je me fais du combat laïque.

Selon elle, la femme qui a fait condamner Mme Truchelut est une militante islamiste, et elle serait allée dans ce gîte dans le seul but de provoquer un clash. Intriguée par ce détail que j’ignorais, je lui demandai de m’envoyer l’adresse du site de cette dame, mais elle ne le fit jamais.

Quoiqu’il en soit, malgré ma réserve sur les publications, la stratégie et les procédés de « Riposte laïque », je n’avais d’abord aucunement l’intention d’entrer en discussion avec les responsables de ce site. Mais la polémique qu’une simple réaction de ma part à entraînée, m’oblige à faire cette mise au point.

Dans un article signé Cyrano, sur les déclarations de Dalil Boubeker au sujet d’un moratoire sur la loi de 1905, évoquant l’invitation faite à des hommes politiques de partager un repas de ramadan à la Grande mosquée de Paris, le ramadan était qualifié de pratique « obscurantiste ». Jugeant le mot excessif et inadéquat, et le dérapage sur le ramadan sans réel rapport avec le sujet, j’écrivis au site en demandant : « obscurantiste, en quoi ? ».

C’est alors que l’auteur de l’article dépêcha un des collaborateurs du site, Mohamed Pascal Hilout, qui en spécialiste de l’islam –de service à tout le moins-, entreprit de me faire un cours sur le ramadan et ses méfaits sur la santé physique et mentale des musulmans. Et ce faisant, il se saisît de mes réponses pour en faire un article intitulé « Visiblement Mme Babès manque de discernement ».

Je ne compris pas tout ce que M.P.Hilout écrivit ; d’ailleurs, je ne comprends pas toujours ce qu’il dit. Voici un échantillon de sa prose : « Si vous ne discernez pas encore entre ma liberté à moi, homme musulman, de mettre un voile et de baisser les yeux pour raser les murs et la liberté d'une musulmane française de se voiler en se conformant aux prescriptions du Coran, c'est que vous êtes aussi loin que Mme Kintzler de comprendre comment fonctionnent les religieux et les prescriptions pauliniennes et coraniques ».

Et à propos du ramadan, voici ce qu’il m’écrivit : « Faire semblant de jeûner alors qu'il s'agit de faire la teuf pendant la nuit et de somnoler toute la journée est tout de même scandaleux. Obscurantisme, cela rappelle la nuit et le réveil en pleine nuit ; nuits de folie musulmane… ».

Agacée par une telle baguenauderie, je répondis ceci : « Je pense que votre combat n'a rien à voir avec la laïcité, que vous instrumentalisez (c'est un vous global), pour distiller de la haine et de l'intolérance à l'égard des musulmans. Je ne me reconnais nullement dans vos analyses et vos positions que je trouve extrêmes, haineuses et outrancières. Vous menez un combat solitaire et vous desservez la cause de la laïcité ».

Mais venons-en à ce que MPH me reproche précisément : « Comme je l'ai recommandé à Mme Kintzler, active à Lille comme vous, il vous faut d'abord discerner entre "prescriptions d'une religion", dont la critique sans merci est nécessaire, et les êtres humains qu'il nous faut émanciper justement de ces prescriptions lorsqu'elles portent atteinte à leur dignité ou réservent, par exemple, ma sœur musulmane aux musulmans et convertis bien circonci. ...Comme MM. Sifaoui, Arkoun, Ghaleb, Malek et bien d'autres progressistes, vous croyez pouvoir épargner le noyau dur de l'islam =Coran+Mahomet pour continuer à ne vous occuper que de ses "mésusages", "lectures" et "instrumentalisations". En somme, pour culpabiliser des pratiquants qui n'auraient rien compris ou compris de travers ».

Réponse :

1)   je n’ai pas attendu les "recommandations" de Mohamed Pascal Hilout pour faire du  "discernement", et encore moins pour établir un rapport critique à l’islam. Il y a seulement quelques années, personne n’avait entendu parler de lui, et c’est à l’occasion de l’une de mes conférences que je l’ai rencontré. A l’époque, ce devait être autour de 2002/2003, il me donna un texte composé de 3 feuillets, intitulé "Le nouvel islam". Le même texte fut reproduit sur des sites internet. Pour moi, MPH était l’homme qui se présentait comme "L'initiateur du Nouvel islam", dans un petit papier où il explique comment il faut réformer l’islam. C’est pourquoi quelle n’a pas été ma surprise lorsqu’à la fin de l’année 2007, je vis qu’il collaborait à "Riposte laïque". J’ajoute que personnellement, j’ignore pourquoi cet homme, d’origine marocaine, s’appelle Mohamed pascal. D’après ce qu’il écrit lui-même, il est de naissance musulmane. Que le pathos qu’il développe à l’égard de l’islam depuis qu’il écrit pour ce site ait à voir avec ses propres problèmes identitaires, cela ne fait pas de doute.

2) Les amalgames qu’il fait sont tout simplement ridicules. Je n’ai rien à voir avec Mohamed Arkoun, ni sur le plan universitaire, ni sur le plan citoyen. Monsieur Arkoun n’a jamais pris la moindre position, le moindre engagement, et il n’est pas un ardent défenseur de la laïcité. D’ailleurs, s’il était laïque, cela se se saurait. Mais c’est si facile de faire des amalgames quand on ignore tout des écrits et des positions des uns et des autres.

3) Je ne cherche à épargner rien ni personne. Quelle sottise !

4) Je voudrais dire à Mohamed Pascal Hilout en quoi nous sommes différents, lui et moi, et pas pour les raisons qu’il invoque :

a) contrairement à lui, mon rapport à l’islam est d’abord académique. Pour moi, l’islam est un objet d’étude, de connaissance. Ce qui ne m’empêche pas de prendre position, de militer pour les valeurs qui me sont chères. Et contrairement à ce que MPH affirme –bêtement, car ce sont des choses qui se savent-, je ne critique pas seulement les islamistes, je critique aussi et fondamentalement l’islam. Mais soit MPH n’a pas lu mes écrits, soit il dit n’importe quoi, et dans les deux cas, tout ceci m'a l'air bien farfelu.

b) Ce qui fait la différence entre lui et moi, c’est d’abord la posture scientifique qui me caractérise, et qui lui fait défaut. Prouver que MPH est ignorant de ce sur quoi il a fondé son fond de commerce n’a rien de difficile. Trois exemples, réunis dans la même phrase. Il écrit : « (Nul besoin de démontrer que) c’est saint Paul et le Coran qui assignent aux femmes une position subalterne et prescrivent le voilementla théologie islamique n’a plus cours qu’aux confins du désert arabique… Je parle de prescriptions coraniques comme le droit de battre sa femme si on craint sa désobéissance et ses incartades ».

Primo, Paul, pas plus que le Coran, n’a inventé le voile qui existait antérieurement. Si MPH avait pris la peine de lire mon Voile démystifié, il n’aurait pas avancé de telles balivernes. Secundo, il n’y a plus de théologie islamique depuis Averroès, et il y en a encore moins dans le "désert arabique" où elle fait l’objet de toutes les suspicions. Tertio, aucun verset coranique ne prescrit de battre sa femme. Le seul verset qui évoque cette possibilité, c’est le verset 34 de la sourate IV, qui parle de nushûz, de rébellion en matière de devoir conjugal, et non de désobéissance en général. Quand on poursuit un objectif purement polémique, comme le fait MPH, on ne s’embarrasse pas de telles subtilités.

Mais manifestement, MPH a un complexe à cet endroit, comme en témoigne sa susceptibilité à mes propos : « S’en suit un avertissement avec l’autorité d’un professeur : « la prochaine fois, je devrais réagir publiquement pour dénoncer vos dérapages ». Si seulement elle savait que j’ai débuté ma carrière comme enseignant à l’Université de Mannheim ! »

c) Ce qui fait la différence entre MPH et moi, c’est que je n’ai aucun problème personnel à régler avec l’islam et les musulmans. Les valeurs que je défends sont claires et connues de tous : les droits de l’Homme, l’égalité hommes/femmes, les libertés individuelles, la laïcité et la démocratie.

3)

a) Je n’ai aucune d’arrogance, contrairement à MPH. Jugez-en : « La violence des termes et des anathèmes que nos amis-contradicteurs nous jettent à la figure prête non seulement à rire, mais elle participe aussi de la véhémence qui accompagne toute douloureuse prise de conscience chez nos bienveillants progressistes. Cette violence révèle la faiblesse de leur argumentation. Elle nous indique que nous touchons justement à des endroits où ça fait mal, là où leur mauvaise conscience est poussée dans ses derniers retranchements…C'est au nom de l'émancipation que je fais cela Leïla. Au procès de Michèle Vianès, j'ai juré de remuer ciel et terre s'il le fallait pour renvoyer ces horreurs de voiles à leur Moyen-âge et à leur désert arabique, où il n'y a âme qui vit. Il croit sans doute qu’il faut manifester de la haine, du mépris et de la rage à l’égard de l’islam et des pratiques musulmanes » ;

b) je n’utilise pas non plus les attaques personnelles, comme le fait MPH dans ces extraits, adressés à  Mohamed Sifaoui et à moi-même : « Après Leïla Babès, voici donc notre ami, mais néanmoins contradicteur, Mohamed Sifaoui, qui nous reproche de vilipender l’islam et de ne pas nous en tenir au théologiquement correct, comme cela réussit si bien à tout ce beau monde de l’intelligentsia française. Comme c’est facile d’être progressiste à si bon compte ; sans se salir les mains pour un sou !....son respectable « combat contre les islamistes », lequel combat fournit un bel alibi et même une légitimité renouvelée à bien des régimes corrompus...En matière de respect des libertés individuelles, la pratique islamique au Maroc peut être nominée chaque année championne de l’humanité, tout autant que celle de l’Arabie Soudite, contre laquelle Mme Babès a visiblement une dent. Très certainement pour se présenter comme progressiste à si bon compte » ;

c) je n’utilise pas les sarcasmes, dans le style : « Tout sociologue qui se respecte, à part Mme Babès… Mme Babès en est encore à estimer que… Mais on dirait que notre sociologue ne sait pas… » ;

d) j’évite, autant que possible, la trivialité, comme dans ce propos de MPH sur M.Sifaoui : « Ayaan Hirsi Ali a ouvert une boutique, dans votre bazar islamique, face à la votre. Elle offre plus de produits que vous ! » ;

e) j’évite les amalgames, comme dans ce propos de MPH sur Mohamed Sifaoui : «… l’erreur tactique et stratégique de notre ami Sifaoui et de tous les régimes arabo-musulmans…Mais ni M. Sifoui, ni ces régimes… ne répondront à la question que j’ai posée la semaine dernière à ce même ami-contradicteur : Mahomet, dans sa conquête de l’Arabie, sabre en main, et ses califes (successeurs) qui m’ont légué, à moi le musulman et à lui aussi, un vaste Empire ottoman, étaient-ils islamistes ou simplement intégristes ? »

f) je ne me prends pas pour un médecin des âmes, comme cela semble être le cas pour MPH. Tous ses écrits sont émaillés de termes médicaux : l’islam est malade, les Musulmans sont malades, et lui, MPH est le guérisseur, celui qui prescrit des médicaments.

En conclusion, et après cette rapide mise au point, chacun comprendra pourquoi il n’y a rien dans les écrits et les positions des représentants de « Riposte laïque » qui puissent justifier que j’entre en débat avec eux. MPH a sauté sur l’occasion offerte par une vague réaction que j’ai eue sur le caractère « obscurantiste » du ramadan, pour monter au créneau, tout émoustillé d’avoir une passe d’armes avec moi, comme avec d’autres : « Les joutes intellectuelles que nous soutenons face à Mmes Fourest, Kintzler, Perret, Babès, MM. Kintzler, Teper etc. ont une réelle vertu : elles permettent de clarifier le débat en mettant à nu la logique profonde de chacun des deux camps ».

Quels enfantillages ! Le problème est que les « joutes » comme il dit, ne m’amusent pas, surtout lorsqu’elles s’adossent à des polémiques stériles et sans réel intérêt intellectuel. Si elles donnent quelque légitimité à « Riposte laïque » et au représentant du « Nouvel islam », tant mieux pour tout ce beau monde. En tous cas, si elles ont un mérite, c’est bien d’avoir contribué à démasquer le fond de commerce de « Riposte laïque », tout entier fondé sur : l’agressivité, l’outrance, l’intolérance, la haine, et beaucoup de fadaises.

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24 janvier 2008

Frustrations anonymes

Frustrations anonymes

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Voilà ce qu'on peut lire sur le site wwww.minorites.org :


Lundi 09 Avril 2007 proposé par Abu Dabi Ironiquement, Leïla Babès est ici appelée Leïla Barbès, comme le quertier parisien à forte population maghrébine. Sur le fond, je ne l'approuve aucunement: son discours me semble tenir de la surcompensation jacobino-républicaine à laquelle semblent astreints les universitaires et intellectuels d'ascendance musulmane dès lors qu'ils veulent être considérés comme légitimes sur la question du voile et de la laïcité - ceci les conduit souvent à être plus laïcistes que les laïcs, plsu français que les Français. Triste spectacle...

 

Réponse :


 

J’ignore ce qui me vaut une telle animosité, mais ce petit commentaire assassin dont l’auteur (et l’un des rédacteurs du site, si j’ai bien compris) a cru bon de coiffer mon article, ce qu’il ne fait manifestement jamais par ailleurs, ne manque pas d’intérêt. Mes étudiants en feraient des gorges chaudes.

Notez que je ne connais pas ce monsieur Abu Dabi, dont tout porte à croire qu’il avance avec  un pseudonyme, outre que sa photo est masquée. Quel courage ! Mais peut-être lui me connaît-il. Lui ai-je fait du tort ? Serait-ce un étudiant que j’ai recalé ? Ou peut-être un prétendant éconduit ? Très drôle… A moins qu’il ne s’agisse de pure frustration (d’autres diraient jalousie). C’est tellement courant dans « notre communauté ».

Mais voyons voir. Monsieur le rédacteur anonyme se saisit d’une simple erreur de typographie (Barbès au lieu de Babès, enrageant il est vrai, mais pas gravissime) et tel un magicien, il nous sort un petit lapin en délire de son chapeau : le journal, à savoir le Figaro, à qui je n’ai rien demandé mais qui m’a sollicitée pour écrire un article sur le thème « La laïcité française a-t-elle vécu ? », aurait estropié mon nom délibérément, par ironie, histoire de me défigurer, pire (selon l’anonyme Abu Dabi, pourquoi pas Qatar ou Oman pendant qu’il y est), de me renvoyer au quartier Barbès « à forte proportion maghrébine ». Une fois qu’on a dit ça, tout s’éclaire : mon discours tient de la surcompensation jacobino-républicaine… » (sic). Autrement dit, je ne suis qu’une indigène (moi ?) complexée, obligée d’être plus royaliste que le roi pour être reconnue.

C’est ainsi.

Mes diplômes, mes fonctions de professeur, ma chaire de sociologie des religions, mes décennies d’enseignement, mes livres et mes publications, ma notoriété, l’immense respect dont je jouis dans la profession (bien qu’une minorité de « communautaires » ne m’aiment pas, mais je n’en ai cure), rien n’y fait, j’ai encore besoin de faire de la « surcompensation » pour me faire accepter par les Français.

Laïciste… voilà le mot magique dont nous affublent les anti-laïcs nostalgiques du communautarisme ou incapables de comprendre ce que la laïcité veut dire. Monsieur l’anonyme, par carence intellectuelle, ou parce qu’il a du mal à s’identifier à des gens comme moi (et je le comprends, c’est rude), a été sourd à mon discours. A cause de mes origines (que je partage manifestement, hélas, avec ce monsieur), je ne devrais pas parler des choses réservées aux Français. Peut-être même devrais-je m’affubler d’un foulard et fermer ma gueule. Parce que si j’ai bien compris, je ne suis pas française, pas tout à fait, puisque j’essaie de l’être pour me faire accepter. Quel délire !

Et puisqu’il est question d’ « indigène », je répèterai ce que j’ai dit aux congénères de l’anonyme, le conglomérat des opprimés de père en fils : eux s’identifient à ce que la France coloniale appelait les Indigènes, tandis que moi je suis une vraie indigène, une citoyenne de ce pays. Ce qu’ils ne seront jamais, parce que ce pays, ils ne l’aiment décidément pas.


Leïla Babès le 24/01/2008


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