Speakerines en voile intégral

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La chaîne de télévision saoudienne, Awtan TV, a autorisé des femmes à présenter des programmes. Voilà qui pourrait paraître dérisoire et même risible, s’il ne s’agissait, d’abord du pays des wahhabites, et ensuite d’une chaîne de télévision religieuse.

Il faut savoir qu’au mois de mars dernier, un groupe de 35 dignitaires religieux, avait demandé l’interdiction pure et simple de toute présence féminine, à la télévision et dans la presse écrite. Dans la foulée, ils avaient également demandé l’interdiction de la musique et des concerts à la télévision. Leur cible : le ministère de l’information et de la culture, accusé d’être un véritable vivier de l’immoralité qui se propage à la télévision, à la radio, dans la presse, les clubs et les foires du livre. En somme, c’est la culture, qui est source de turpitudes. Et plus que tout, « Aucune saoudienne ne devrait apparaître à la télévision et dans les journaux et les magazines saoudiens », ont-ils déclaré.

Il faut dire que dans ce pays de misogynes où on passe son temps à gommer toute intrusion de la présence féminine dans l’espace public, il se passe toujours quelque chose. La milice chargée de gommer au feutre les parties des corps de femmes qui s’étalent dans les magazines occidentaux doit être submergée. On a beau effacer, il en reste toujours quelque chose. Et puis les Saoudiennes exagèrent depuis quelques temps. Elles ont eu le droit de voter, y en a même une au gouvernement, elles vont à l’université, entre femmes d’accord, mais tout de même, et elles menacent même de conduire des voitures.

Des speakerines donc dans une chaîne de télé religieuse, c’est un évènement, surtout dans un pays qui considère la voix de la femme comme obscène. Seul petit détail : elles sont tenues de se voiler intégralement, en niqâb, à par les yeux, comme on peut le constater dans les images diffusées des deux speakerines, enfin à part les yeux qu’on devine plus qu’on ne voit réellement.

Pour tout dire, le décor a dû être soigneusement étudié car seul le blanc des fauteuils sur lesquelles les deux jeunes femmes sont assises, permet de distinguer leurs silhouettes, toutes de noir vêtues, y compris les mains, enserrées dans des gants noirs.

Et que présentent-elles comme programme, ces dames avant-gardistes ? Des prêches religieux ? Que nenni. L’une des deux, Ola al-Barqi, présente une émission matinale et une sorte de jeu de quiz appelé Mosabaqat Banat. Elle confie qu’on n’a pas besoin de montrer sa face pour construire une relation avec le public, et que le niqâb, qu’elle juge de toute façon conforme à la loi religieuse, permet aux téléspectateurs de se concentrer sur les paroles et les idées. Comme si elle risquait, si elle n’était pas masquée, de voir des hommes cloués devant leur poste de télé à seule fin de contempler sa beauté, pendant qu’elle débite ses niaiseries. Nous ne nous présentons pas, a-t-elle ajouté, comme des femmes belles qui mettent des couches de fond de teint. Pas de budget pour le maquillage et pour toutes ces frivolités sataniques, voilà qui fera des économies pour la chaîne.

La révolution culturelle saoudienne qui prendra avec un peu de chances quelques siècles pour aboutir à une réelle émancipation des femmes dans le pays d’islam le plus archaïque et le plus obscurantiste qui soit, nous réserve encore bien d’autres surprises dans le genre.

La dernière trouvaille est édifiante : le spectacle télévisuel de lourdes silhouettes engoncées dans des bâches noires et dont on nous dit que ce sont des femmes, et qu’en plus, elles parlent.

En attendant la prochaine avancée théologique, cette percée des femmes dans le paysage public saoudien laisse une foule de questions en suspens.

Comment ces femmes font-elles pour être reconnues lorsqu’elles arrivent au siège de la chaîne ? Doivent-elles soulever leur masque devant des gardiennes femmes, porter des signes de distinction, ou se faire identifier par un système de reconnaissance vocale ?

Comment s’assurer que des hommes n’ont pas pris leur place, surtout qu’aucun homme n’est autorisé à pénétrer les studios ?

Pourquoi mettre des femmes sans visage dans une émission destinée à être regardée, une émission de radio aurait fait l’affaire. Ou encore, puisque ces programmes sont destinées à un public féminin, pourquoi ne pas mettre un dispositif de cryptage pour empêcher les hommes de regarder ? Le fait est qu’ils peuvent regarder, mais circulez, y a rien à voir.

Si c’est la beauté du visage qui pose problème, pourquoi ne pas recruter des femmes laides et vieilles ? Mais au fait, n’est-ce pas Dieu qui dit que les femmes ménopausées n’ont pas besoin de se voiler ? Voilà une parole divine qu’on n’entend jamais dans la bouche des défenseurs du voile.

 

Leïla Babès le 23/12-2009

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