La Marseillaise : un symbole national ?

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Les sifflements de la Marseillaise par les supporters franco-tunisiens lors du match amical France-Tunisie qui s’est tenu mardi 14 octobre au Stade de France, et le tollé que ces incidents ont provoqué dans la classe politique française, relancent le vieux contentieux colonial. A voir les réactions de part et d’autre, force est de reconnaître que les querelles mémorielles qui scandent systématiquement ce genre d’affaires sont loin d’être réglées.

la France, et c’est l’ensemble de ces pays et les populations qui en sont originaires qui sont stigmatisées. Les déclarations de Bernard Laporte, secrétaire d’Etat au sport, sur fond de cacophonie –il s’était juré la veille du match qu’il quitterait le stade si le fait devait se produire, mais il n’en fit rien – proposant que les matchs avec les pays du Maghreb se fassent hors de Paris, en province, ou ailleurs, illustrent bien les dérives irrationnelles auxquelles on a assisté.

Le même fait s’était produit avec d’autres matchs amicaux, le Maroc en 2007 et l’Algérie en 2001, avec en prime l’intrusion de supporters sur le terrain, peu avant la fin du match. Il n’en fallut pas davantage pour en déduire qu’il y avait là bien plus qu’un chahut de supporters, que les sifflements exprimaient un mépris des valeurs et des symboles de

De l’autre côté, comme on pouvait s’y attendre, la critique est ressentie comme un affront. Les réactions, comme toujours, émotionnelles, se font sur le mode habituel : indignation, véhémence, règlements de compte, et victimisation.

L’intervention, dès le lendemain du match, du chef de l’Etat, annonçant que les matches seraient arrêtés en cas de sifflets pendant les hymnes nationaux, et les déclarations faites sur d’éventuelles poursuites judiciaires des fauteurs, -ce qui peut leur valoir six mois de prison et 7 500 euros d'amende pour outrage à la Marseillaise -selon la loi-. ont suffi pour donner à cette affaire une tonalité dramatique.

De leur côté, les responsables de la fédération de football s’indignent face à l’attitude interventionniste de l’Etat en rappelant qu’eux seuls ont le pouvoir de suspendre un match.

La polémique se double d’un imbroglio juridique, ce qui dénote bien la précipitation avec laquelle les représentants de l’Etat et du gouvernement ont réagi, alors même qu’on apprend qu’ils savaient que le match serait sifflé.

Dans une interview accordée au quotidien Le Monde, Michel Platini dénonce la politisation du football et rappelle qu’il y a  trente ans, la Marseillaise était sifflée sur tous les terrains sans que les politiques s’en émeuvent. 

Pour autant, faut-il ne voir dans ces sifflets qu’un simple jeu, un rituel ordinaire de supporters ? A l’évidence, l’affaire n’est en rien comparable au phénomène des Hooligans, il n’y a pas eu de bagarre inter-supporters, et personne n’a été blessé. Ce qui est loin d’être le cas du dernier match qui s’est déroulé à Constantine jeudi dernier, entre deux équipes locales, et où on déplore une vingtaine de blessés.

Faut-il pour autant faire comme s’il ne s’était rien passé et s’enfermer dans le déni ? Le fait est que des supporters majoritairement français d’origine tunisienne ont sifflé massivement l’hymne national de leur pays, comme ils ont sifflé l’ensemble des joueurs français, y compris le franco-tunisien Hatem Benarfa qui a choisi de porter les couleurs de l’équipe de France.

La séquence des hymnes nationaux tunisiens et français, interprétés par deux chanteuses franco-tunisiennes, a produit l’effet inverse : au lieu de la célébration de la double appartenance, c’est plutôt le choix de l’une au détriment de l’autre qui s’est exprimé.

Les motivations ne manquent évidemment pas dans pareils cas : effets d’entraînements, logiques de groupes et chahut à caractère festif. On supporte une équipe plutôt qu’une autre, on peut même penser qu’en l’occurrence, on opte inconsciemment pour l’équipe qui a le moins de chance de gagner, plus précisément pour le dominé contre le dominant. Jusque là les choses auraient être d’autant plus sympathique et bon enfant qu’il s’agissait d’un match amical, si les sifflets n’avaient concerné que le jeu, et non l’hymne national.

Certains, comme c’est le cas pour le joueur Lilian Thuram, ces manifestations sont à mettre sur le compte du malaise des jeunes issus de l’immigration qui souffrent selon lui d’un manque de reconnaissance.

Pour s’en tenir à une perception plus immédiate des choses, force donc est de reconnaître que l’hymne national français ne remplit pas –ou ne remplit plus- sa fonction d’intégration.

Tout récemment, un sondage d’opinion révélait qu’une majorité de Français reprochaient aux Bleus et notamment à Zinedine Zidane de ne pas chanter la Marseillaise.

Les images des bleus en coupe du monde nous ont laissé le souvenir de joueurs plutôt silencieux et concentrés, à part un Lililan Thuram chantant la Marseillaise à tue-tête. Le problème aurait-il à voir avec le texte de  la Marseillaise comme le soutient Michel Platini qui avoue ne pas aimer le caractère guerrier de l’hymne et qu’il était gêné par le cri « Aux armes, citoyens ! ».

Loin du psychodrame et de la dénégation victimaire, c’est à une pédagogie de l’intégration qu’il faut s’atteler. A condition de garder à l’esprit que les valeurs centrales de cohésion ne font la citoyenneté que si le citoyen se sent pleinement citoyen.

 

Leïla Babès le 22/10/2008

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Il reste à se demander combien de Français connaissent la Marseillaise, en dehors des joueurs et des supporters ? 

La Marseillaise n’est pas porteuse des significations symboliques qu’on veut bien lui attribuer. D’ailleurs, a-t-on jamais appris à ces binationaux à respecter l’hymne national ?