Le blog de Leïla Babès

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09 avril 2008

Bouteflika

Bouteflika : l’éloge du Prophète comme instrument de légitimation

 

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Dans la conclusion de la chronique intitulée "Baptême du voile", je donnais en guise d’illustration de la consubstantialité du politique et du religieux, la dernière allocution du président Bouteflika.

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C’est l’occasion de revenir à ce discours prononcé dans le cadre de la semaine du Coran qui s’est ouverte le 24 mars dernier.

Devant un parterre de ministres, d’ambassadeurs et de représentants d’écoles coraniques et de  zaouïas, ou plutôt de turuq, de confréries, on connaît les liens de Bouteflika avec ces dernières, et au lieu d’un discours de chef d’Etat, le président a prononcé un véritable panégyrique du Prophète, un hymne exalté qui rappelle la célèbre al-burda, le poème en chant de l’Imam Al-Busayri, qu’il n’a d’ailleurs pas manqué de citer.

Il faut savoir que cette semaine du Coran, dont on dit qu’elle est entièrement dédiée à la personne du Prophète, a démarré avec « la caravane de la défense du Prophète Mohamed », chargée de sensibiliser les jeunes, dans les centres culturels, les maisons de jeunes et les cités universitaires, sur tout ce qui touche à la vie et à l’apostolat du prophète de l’islam. Outre cette initiative, d’autres activités ont eu lieu, notamment un concours de récitation et de psalmodie du Coran et la remise de prix à de jeunes récitants.

Bien que le président n’y ait pas fait directement allusion, on peut s’empêcher de penser à la polémique qui agite actuellement les milieux politico-médiatiques sur les missionnaires évangéliques. D’ailleurs, deux églises viennent d’être fermées, et en marge de cette rencontre, le responsable de l’Association des Oulémas, a tenu à rappeler que si la pratique des cultes était tolérée, les conversions des musulmans n’étaient pas admises.

Je relève trois points forts dans le discours du président.

D’abord après une longue litanie d’éloges sur l’humanisme du Prophète, cité comme modèle pour l’ensemble de l’humanité, suit une critique des effets pervers du progrès scientifique et des nouvelles technologies. Sans que le président ne désigne directement l’Occident, on comprend qu’il y fait allusion, en posant comme voie de salut la nécessité de garder le lien avec le divin et de suivre l’exemple du Prophète.

Voilà qui constitue une parfaite illustration du discours récurrent des islamistes, lorsque dans leur critique systématique de l’Occident, ils affirment que la solution aux maux de la civilisation matérialiste est dans l’adhésion à l’islam, l’unique source de la spiritualité et du salut.

Deuxième point fort : la société algérienne est prise comme exemple d’amour pour le Prophète, et au président de citer les poètes algériens qui ont fait son éloge.  
Voilà une séquence qui rappelle cette manie, élevée en idéologie officielle, de glorification de l’identité islamique du peuple algérien. Comme si les politiques algériens avaient constamment besoin de faire la démonstration de leur islamité. Complexe d’infériorité face à la vieille suspicion moyen-orientale, jamais surmontée, et surenchère avec les islamistes.

Les références aux luttes menées contre la conquête française d’abord, puis contre la colonisation, au nom du jihad, montrent à quel point l’islam a été convoqué pour justifier tous les combats, et combien le nationalisme algérien a été marqué par le référent religieux. Avec toutefois une précision.

Jusqu’au début des années 90, au moment où le pouvoir a réhabilité les zaouias, les confréries, frappées d’ostracisme, pour les instrumentaliser comme tradition locale susceptible de contrebalancer un islamisme qu’on a tenté de disqualifier comme idéologie d’importation, l’islam officiel se voulait l’incarnation du réformisme des Ulama de Benbadis, fidèles aux courants du Machrek, du Moyent-Orient et d’Arabie saoudite, et particulièrement Rachid Rida et le wahhabisme avec lesquels il avait des liens.

Au nom de ces courants réformistes considérés comme modèle d’orthodoxie, les ulama, puis le pouvoir, avaient longtemps combattu l’islam populaire des zaouias. Ce qui, au regard de la lutte nationaliste est un curieux paradoxe, en ce sens que ce sont les confréries, -et le cas du plus célèbre soufi algérien, l’Emir Abdelkader qui appartenait à  la qadiriyya,  l'atteste-, alors que les Ulama de Benbadis n'ont rejoint la lutte que fort tardivement.

Troisième point fort : la citation d’un certains nombre de penseurs occidentaux « loyaux et honnêtes qui se sont affranchis des complexes du fanatisme, de la haine et de l'ignorance pour exprimer avec autant de sincérité que de courage leur admiration et leur insigne considération pour le Prophète ». Sont cités les écrivains britanniques
Bernard Shaw et Thomas Carlyle, et trois historiens, les britanniques Stanley Lane Poole et William Muir et l’américain William Durant.

On aura noté que le choix de tous ces auteurs ne se justifie que parce qu’ils ont écrit des propos élogieux à l’égard de l’islam et du Prophète. Aucun autre penseur, spécialiste reconnu de l’islam et encore moins critique, n’est cité. Comme si la recherche historique, philologique, l’étude objective des textes et de la civilisation musulmane, n’avaient aucun intérêt. Seuls comptent ceux qui ont exprimé leur sympathie ou leur admiration.

Une position paranoïaque que défendent aussi les islamistes. Comme si le Prophète, fondateur de l’une des plus grandes religions du monde –peut-être la plus grande-, forte de plus d’un milliard d’individus, avait besoin d’être défendu.

Bien qu’il n’ait pas cité directement les affaires qui agitent actuellement certains milieux musulmans, le film Fitna du député néerlandais Geert Wilders, et la réédition des caricatures du Prophète, le président y a fait allusion en parlant de médisances.

On ne voit d’ailleurs pas l’intérêt de s’adresser à ces auteurs de brûlots qui n’ont nul besoin qu’on leur enseigne les qualités du Prophète, et encore moins à tenter de les convertir à la cause de l’islam.

Par-delà la naïveté de cette allocution victimiste, il y a deux constats : d’abord l’islamisation croissante du discours de Bouteflika. Certes, comme dans d’autres pays, les dirigeants algériens ont toujours tenu à se poser comme les gardiens officiels de l’islam. Mais jamais leurs discours n’avaient été teintés d’un tel degré d’exaltation, pour ne pas dire de mystique. Sans doute l’état de santé, son grand âge et sa position de fin de règne, y sont-ils pour quelque chose.

Mais j’y vois une autre raison, et c’est la deuxième observation : dans la situation de crise économique et politique que connaît le pays –Bouteflika pourrait bien envisager un troisième mandat-, le président entend se poser comme le seul vrai représentant de l’islam. Autrement dit, face aux islamistes, qu’il s’agisse des milieux normalisés –si j’ose dire-, ses amis de l’alliance présidentielle, des soi-disant repentis dont il a entrepris d’effacer les crimes, ou des terroristes qui menacent la sécurité de l’Etat, ce qui se dessine, c’est la course pour le monopole de la légitimité religieuse. Encore et toujours…

En bref, ce que dit le pouvoir en la personne du président, c’est : à l’adresse de l’Occident : l’islam est bon, et à l’adresse des islamistes : je suis plus musulman que vous ne croyez.

Ainsi que je l’ai dit : les Algériens éprouvent toujours de faire la démonstration de leur islamité.  Mais dans le fond, qui a besoin d’être défendu ? En faisant l’éloge du Prophète au motif qu’il serait attaqué, c’est le président qui en recourant au genre, l’utilise comme instrument de légitimation religieuse.

Leïla Babès le 09/04/2008


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Posté par babesaliel à 17:42 - Politique - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

le blog de Mahomet

Bonjour,
Je découvre à peine votre blog que je trouve inspirant. Merci pour votre courage et votre engagement. Pour ma part, je pense que le véritable problème des musulmans est l'Islam lui même. En particulier Mahomet, le prophète. Même si je n'ai pas toujours assez de temps pour le mettre à jour, je reçois une myenne de trente visites quotidienne. Merci d'y jetter un oeil, et de me dire ce que vous en pensez...

Posté par tizourine, 01 mai 2008 à 10:50

Pour ma part je pense que, comme pour les musulmans, le probleme c'est l'islam, mais en plus que le probleme des chretiens c'est le christiannisme et pour les juifs , le judaisme, et je vous parle meme pas des boudhistes, des hindouistes, des animistes, des shintoistes et j'en oublie surement..
Faut pas deconner, le probleme des musulmans, c'est seulement le melange du temporel et du spirituel, autrement dit: l'islamisme. Le prophete Mohammed est une des figures principales de l'islam et un modele pour les musulmans, mais ce modele doit etre placé dans un contexte qui est celui du VIIè siecle apres J.C, donc, pour moi, un musulman contemporain devrait s'adapter à l'epoque dans laquelle il vit( en particulier prendre acte des droits de l'homme, de la femme et de l'enfant), etre ouvert à la difference de l'Autre, et distinguer ce qui releve de la foi( domaine privé) et ce qui releve de la politique( domaine public)
La majorité des musulmans de France/français ont fait ce choix en étant pour la Laïcité.

Posté par loupblanc, 16 mai 2008 à 13:38

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