Minorités en terre d’islam et dialogue islamo-chrétien

 

 

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Pour la première fois dans l’histoire de l’Emirat du Qatar, une église catholique vient d’être inaugurée. Contrairement aux autres Emirats, comme le Koweït, Abu Dhabi ou Bahreïn  qui accueillent déjà des lieux de culte chrétiens, le Qatar, qui pratique un islam wahhabite et suit en cela la politique d’intransigeance à l’égard des autres religions de l’Arabie saoudite, s’y était toujours opposé.  111075_mosqu_e_irak

La présence dans la péninsule arabique de milliers de travailleurs immigrés de confession chrétienne originaires du Proche-Orient ou d'Asie et les moyens mis en œuvre par le Vatican, justifient l’ouverture progressive de ces églises, auxquelles vient s’ajouter à présent, l’église Sainte-Marie-du-Rosaire à Doha, sous l’égide du vicariat apostolique d'Arabie.

Le travail inlassable de l’ancien ambassadeur de France et la visite historique que le roi Abdallah d'Arabie Saoudite a effectuée au Vatican en novembre 2007, ont eu raison des dernières résistances. Il aura fallu huit années pour construire cette église de 2000 places, sans cloches, et dépourvue de symboles chrétiens.

L’évènement coïncide avec la volonté affichée de l’Emir du Qatar d’adopter une politique d’ouverture, comme en témoignent les rencontres interreligieuses que ce pays organise depuis quelques années, malgré les oppositions internes.

Le fait est attaché à une double symbolique : le Qatar est le pays de la chaîne satellitaire Al-Jazeera –qui joue un rôle ambigu dans la diffusion des messages d’Al-Qa’ida et de l’islamisme radical, et que j’ai notamment évoquée il y a quelques semaines à propos d’un sondage scandaleux effectué par cette chaîne sur les attentas d’Alger-, et c’est aussi le pays de résidence et d’adoption du prédicateur égyptien Frère musulman, Youssef Al-Qardhaoui.

A l’heure où la présence des Irakiens de confession chrétienne se réduit à peau de chagrin, -ils ne sont plus que 2%, et ceux qui restent sont sur le chemin de l’exil-, on ne peut que se féliciter d’une telle initiative.

Dans le même temps, nous apprenons la création d'un Forum catholiques-musulmans pour le dialogue entre le Vatican et l'islam, représentant plus de 40 pays, et dont la première rencontre se tiendra à Rome les 4 au 6 novembre prochain. Cette réunion qui s’achèvera par une rencontre avec le pape Benoît XVI, rassemblera
24 représentants de chacune des religions, avec, du côté musulman, 12 religieux et 12 intellectuels. L'église, privée de cloche, est dépourvue à l'extérieur de symboles chrétiens. | AP/Sam
Les faitsSainte-Marie-du-Rosaire, première église catholique consacrée en terre wahhabite

Cette initiative est l'aboutissement d'une démarche lancée en octobre 2007 par le prince jordanien Ghazi bin Muhammad bin Talal, frère du défunt roi Hussein, avec une lettre signée par 138 dignitaires musulmans (aujourd'hui au nombre de 222), venus des différents courants de l'islam, et où il invitait les responsables de toutes les Eglises chrétiennes à s'engager dans un dialogue avec l'islam, estimant que « la survie du monde en dépend ».

Le prince Hassan, promoteur du concept de wisâtiyya, et qui préside entre autres organismes, «la fondation pour la Recherche entre les Religions », compte parmi les personnalités musulmanes les plus engagées dans le dialogue interreligieux et la recherche de la paix dans le monde.

La Jordanie compte également une commission de cent dignitaires musulmans, créée à la suite du discours tenu par le Pape en septembre 2006, à Ratisbonne, où Benoît XVI avait mis en cause le lien entre la foi musulmane et la violence, et chargée de répondre par le dialogue aux grandes questions de la communauté musulmane dans le monde et de combattre l'extrémisme.

Lorsque j’évoquais dans cette même chronique, ce discours historique du Pape, j’avais surtout mis l’accent sur les réactions émotionnelles, et quelquefois violentes, des musulmans, ainsi que sur les lettres indignées et pleines de dénégations des dignitaires musulmans, qu’ils appartiennent au clergé ou aux instances non officielles de dialogue islamo-chrétiens.

C’est un fait que les initiatives que j’évoque aujourd’hui sont d’une tout autre nature. D’abord parce qu’elles s’inscrivent dans la durée, ensuite parce qu’elles semblent procéder d’une volonté de combattre la violence et de résoudre les conflits par le dialogue.

Reste cependant à se demander dans quelle mesure elles peuvent être efficaces et si elles ne s’avèrent pas, comme tant d’autres commissions et autre instances plus ou moins officielles, des vœux pieux, ou pire, des démarches purement diplomatiques.

En tous cas, elles resteront vaines si elles ne remplissent pas trois conditions :

1) si elles ne s’accompagnent pas de réformes importantes, et tant que les Etats et les clergés musulmans  continueront d’instrumentaliser la religion pour maintenir le despotisme ;

2) si un véritable débat théologique sur les textes et références religieux qui servent d’inspiration à la violence et au terrorisme n’est pas engagé. Car ce n’est pas en répétant à l’infini que l’islam est une religion de paix et de fraternité qu’il y aura une avancée réelle sur ce terrain.

Et puisque le discours provocatoire du Pape a eu un effet heureux en provoquant ces ondes de choc, un débat sur la relation intrinsèque entre la foi et la violence devient urgent. A condition d’avoir le courage d’affronter les tabous que constituent l’épineuse question des versets coraniques qui évoquent la violence ;

3) si les intellectuels qui composent cette commission avec les religieux sont les intellectuels organiques habituels, incapables de rompre avec le rapport apologétique à l’islam, au lieu de personnalités indépendantes, laïques, modernistes et critiques.

Cela étant dit, l’idée du prince jordanien de la wisâtiyya est une piste intéressante. Elle trouve sa source dans le concept coranique de la ‘umma wasata, de la communauté médiane. Il ne s’agit pas de cette vague notion du juste milieu, mais de l’idéal d’une communauté musulmane qui soit une communauté d’ouverture, de dialogue et de compromis, ce qui pourrait constituer un véritable contrepoids à l’hostilité à l’autre et au recours à la violence.

 

Leïla Babès le19/03/2008


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