Diatribes anti-islam

Les diatribes anti-islam du député populiste néerlandais et chef du Parti pour la liberté, ainsi que le court-métrage de 15 minutes que Geert Wilders, c’est son nom, intitulé « Fitna », menace de diffuser sur internet, soulève, par-delà le positionnement très particulier des Hollandais sur l’islam et la présence des musulmans dans ce pays, les différences d’approche dans le traitement critique de l’islam. 

Dans ce court-métrage qui n'a jamais été diffusé, Geert Wilders décrit le Coran comme un texte « fasciste » qui incite à la violence et à l'oppression des femmes et des homosexuels. En outre, dans une lettre ouverte, le député a demandé l'interdiction du Coran aux Pays-Bas, y compris dans les mosquées, allant jusqu'à le comparer au livre d'Hitler, « Mein Kampf ».

Le député néerlandais qui a été le premier à demander l’interdiction du voile dans la rue, s'inspire également de la journaliste italienne Oriana Fallaci, décédée en 2006, auteur d’un livre-brûlot anti-musulman, écrit au lendemain du 11 septembre et publié en 2002, La rage et l’orgueil.

Voici quelques citations du livre d’Oriana Fallaci qui affirme ne faire aucune différence entre l’islam et l'islamisme, et qui illustrent sa haine raciale à l’égard des Musulmans et des immigrés : « au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, les fils d'Allah passent leur temps avec le derrière en l'air à prier cinq fois par jour et se multiplient comme des rats », le Coran n'a jamais prêché que le mensonge, la calomnie et l'hypocrisie », les immigrés musulmans sont comme des « hordes de sangliers » qui « transforment en casbah les villes glorieuses de Gênes et de Turin », les Albanais inoculent aux Italiens la syphilis et le sida, et « pour accompagner tout ça, les dégoûtantes traces d'urine qui profanent les marbres du baptistère (parbleu ! Ils ont la giclée longue les fils d'Allah)...». Elle parle aussi des «miasmes nauséabonds», des «braillements du muezzin», de «la fumée puante», «de leur bouffe», et pour finir, répond à Tahar Ben Jelloun qu'« il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût ».

Le livre d’Oriana Fallaci a été vendu à des millions d’exemplaires, et traduit dans plusieurs langues, malgré, et sans doute grâce à la polémique qui s’en est suivie, partout, et les tentatives –avortées- en France notamment, de le faire interdire. On peut s’interroger longuement sur les raisons qui ont poussé cette ancienne correspondante de guerre, journaliste renommée qui connaissait bien le monde arabe et qui a interviewé nombre de chefs d’Etat musulmans comme Kadhafi et Khomeini, à basculer dans une haine raciale digne des pires extrémistes de droite.

Le choc provoqué par les attentats du 11 septembre, le sentiment d’insécurité que les plus fragiles, socialement et mentalement, imputent à la présence des musulmans sur le sol européen, voilà qui peut expliquer de tels dérapages.

On retrouve chez le député hollandais ce même rejet viscéral qui amalgame musulmans, immigrés et terroristes, et qui va jusqu’à voir dans les origines de l’islam et dans le Coran, la source du mal et de la menace pour la civilisation occidentale, blanche et chrétienne.

Geert Wilders rejette l'idée d'un islam modéré, déclarant que le Coran appelle les Musulmans à soumettre, poursuivre, tuer les juifs, les chrétiens et les non-croyants, à violer les femmes et à imposer un Etat musulman.

La réaction de Geert Wilders intervient à la suite de l'agression d'un jeune conseiller municipal de la banlieue de La Haye , d’origine musulmane, Ehsan Jami, qui a fondé un comité de soutien aux apostats musulmans.  Une autre ex-musulmane, Ayaan Hirsi Ali, ancienne députée néerlandaise d'origine somalienne, avait été un temps placée sous la protection de la police après l'assassinat en 2004 par un islamiste d’origine marocaine, du réalisateur Theo van Gogh, pour lequel elle avait écrit le scénario du film, « Soumission », qui dénonce la condition des femmes musulmanes. 

Accusée en 2006 d’avoir menti sur son identité, son passé et son statut pour obtenir l’asile politique aux Pays-Bas, la jeune femme a été contrainte de démissionner de son poste de parlementaire et vit actuellement aux Etats-Unis.

Comme ses compatriotes Théo van Gogh et Geert Wilders, Aayan  Hirsi Ali étend sa critique à la foi musulmane et aux dogmes de l’islam. Très critique à l’égard du Prophète qu’elle accuse de pédophilie pour avoir épousé Aysha lorsque celle-ci avait 9 ans, et d’avoir détourné à son profit la femme de son fils adoptif, elle pense qu’aucune libéralisation n’est possible dans l’islam sans une remise en cause du Prophète et du Coran.

Ce qui frappe aux Pays-bas, dans ce pays marqué par la libéralisation des mœurs et le multiculturalisme, c’est la double présence très conflictuelle d’un courant politique xénophobe et d’une minorité de libres-penseurs issus du monde musulman, comme le montre le cas de Aayan Hirsli Ali et cette association de défense des apostats musulmans, ou plutôt des anciens musulmans, pour dire les choses correctement.

Il est bien rare, dans les sociétés occidentales, et encore plus musulmanes –compte tenu de l’absence de liberté de conscience et du tabou que constitue toute sortie affichée de l’islam, considérée comme un acte d’apostasie, donc passible de la peine de mort, et dans le meilleur des cas, de trahison à l’égard de l’islam-, il est rare disais-je, que des athées de culture musulmane ou des personnes ayant renié leur foi, l’expriment publiquement, et il est encore plus rare qu’ils se livrent à une critique viscérale de l’islam et des musulmans. De telles personnes sont évidemment l’objet de menaces de mort, comme c’est le cas pour l’ex-députée néerlandaise, actuellement sans protection officielle et qui demande la citoyenneté française, et c’est aussi le cas de l’écrivaine bangladeshi Taslima Nasrin, menacée de mort en 1994 par les islamistes pour avoir écrit un roman jugé blasphématoire. On peut également citer l’indo-pakistanais Ibn Warraq, un pseudonyme, auteur d’un ouvrage lapidaire intitulé « Pourquoi je ne suis plus musulman ».

En Allemagne, pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur les dangers de l’islamisation, plusieurs dizaines de personnes de culture musulmane, originaires d’Iran, d’Irak, de Turquie, d’Afghanistan, du Maroc, de Mauritanie, etc., ont organisé en janvier 2007 un «Conseil central des ex-musulmans» au cours duquel elles ont renié publiquement.

L’avenir nous dira si cette initiative, comme celle crée aux Pays-Bas, annonce l’émergence de mouvements organisés susceptibles de se constituer en organismes chargés de défendre la cause des libres-penseurs et des apostats.

Quoiqu’il en soit, quiconque a la liberté d’exprimer son opinion religieuse ou philosophique, comme le prévoit la loi, au nom de la liberté d’expression et la liberté de conscience, et le droit d’être protégé contre toute parole, tout acte pouvant menacer sa vie, que l’on soit d’accord avec ces opinions ou non.

Néanmoins, on peut s’interroger sur la pertinence d’une telle démarche. A quoi sert de dire qu’il faut remettre en cause les dogmes d’un milliard et demi d’individus ? Faut-il contraindre les gens à ne plus croire ? N’est-ce pas contraire à cette même liberté de conscience qui donne la liberté et de le droit de ne pas ou de ne plus être croyant ? N’est-ce pas se tromper de cible ? Ce sont certaines lois et dispositions de la loi islamique ainsi que tous les soi-disant codes de la famille et autres statuts personnels qui entravent les libertés individuelles et l’égalité entre les citoyens et entre les hommes et les femmes. La source du mal n’est pas dans les croyances aux anges, aux prophètes et au Jugement dernier, dans la prière et le jeûne, mais dans les systèmes juridico-politico-religieux qui perpétuent le despotisme, les inégalités, les discriminations et l’instrumentalisation de la religion. Elle est dans l’incapacité des Etats musulmans à juguler l’influence néfaste des courants islamistes et le terrorisme.

Par conséquent, ce n’est pas en s’attaquant de manière frontale aux croyances sacrées des gens, mais en les éclairant sur les dangers de l’instrumentalisation de la religion dans l’espace du politique et du droit qu’il faut agir.

Quelle que soit la pertinence de la démarche de Aayan hirsli Ali, elle a eu le mérite de dire cette vérité riche d’enseignement : « Les musulmans devraient descendre dans la rue quand des gens sont décapités et tués dans des explosions au nom de leur Prophète, et pas seulement quand des dessins de Mahomet sont publiés ». 

Leïla Babès le 12/03/2008

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