Chrétiens d’Irak en danger

Le rapt de l'archevêque chaldéen de Mossoul, Mgr Paulos Faraj Rahho, et l’assassinat de son chauffeur et des deux gardes l’accompagnaient, par des hommes armés, repose le problème du statut des minorités religieuses dans ce pays, et au-delà, en terre d’islam.

Les chrétiens d’Irak représentent environ 3% des 27 millions d'Irakiens et ne comptent pas moins de douze Eglises, certaines autonomes, appartenant à des courants orientaux, tandis que d’autres se sont rattachées à Rome, créant de nouvelles subdivisions.

Les Eglises catholiques rattachées à Rome sont les Eglises chaldéenne, syriaque, arménienne et grecque-melkite. Les Eglise d’orient non affiliées à l’Eglise catholique romaine sont les Eglises assyrienne (autrefois appelée nestorienne), syriaque orthodoxe dite jacobite, arménienne Orthodoxe, protestantes, grecque-orthodoxe (de rite byzantin), Copte et Anglicane.

Les chaldéens, qui représentent 80% des chrétiens d’Irak et qui se sont rattachés à l'Eglise catholique romaine au XVI° siècle tout en continuant de pratiquer un ancien rite oriental, sont pour la plupart originaires d’Irak, mais on les retrouve également en Syrie.

L’église chaldéenne est appelée Eglise apostolique en ce qu’elle appartient à un courant primitif, évangélisé dès le I° siècle par l’apôtre Thomas, ainsi que l’atteste l’Evangile de Luc. On dit même que les Chaldéens ont participé avec St Thomas, dès 53, à l'évangélisation de l'Inde, puis après la mort de l'apôtre, à l'évangélisation de la Chine et de la Mongolie.

C’est dire que d’une part, les Chaldéens d’Irak appartiennent à l’un des premiers courants chrétiens, né six siècles avant l’islam, et d’autre part qu’ils sont des indigènes, des descendants des Babyloniens, Assyriens, Chaldéens et Araméens de Mésopotamie. D’ailleurs, c’est en chaldéen, un dialecte de la langue araméenne, la langue de Jésus-Christ, qu’ils célèbrent leur liturgie.

Bagdad était connue comme « la capitale des cinquante églises », chaque Eglise disposant d’un ou de plusieurs lieux de culte. Aujourd’hui, de ces cinquante églises, il n’en reste plus qu’une trentaine.

Du million de chrétiens recensés avant la guerre, ils ne sont plus que 600 000, soit environ 2% de la population. Chaque mois, entre 40 et 60.000 chrétiens, soit près de 10%, quittent l’Irak.

Ils émigrent en France, aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Des villes comme Chicago et Detroit comptent chacune 80 000 Assyro-Chaldéens venus pour la plupart d'Irak, mais aussi de Syrie, du Liban, d'Iran et de Turquie. L’Europe compte environ 200 000 Chrétiens assyro-chaldéens, dont seize mille en France, et 30% environ d’origine irakienne. Plus de 150 000 Chrétiens irakiens vivent désormais aux États-Unis, plus de 50 000 au Canada et plus de 30 000 en Australie.

Sous le régime dictatorial de Saddam, les communautés chrétiennes subissaient des discriminations, en particulier depuis les dispositions de 1991 qui restreignent leurs libertés, comme l’interdiction de donner des prénoms chrétiens, mais ce n’était rien comparé aux exactions qu’ils subissent depuis la guerre.

Les terroristes sunnites, ceux d’Al-Qa’ida, comme les bandes criminelles, se livrent à toutes sortes d’exactions à l’encontre des chrétiens : extorsion de la jizya, l’impôt que les minorités paient traditionnellement à l’Etat, faute de quoi, c’est une jeune fille que la famille doit donner en échange, et en cas de refus, des menaces de mort ; et puis, ils y a les rapts de prêtres contre une demande de rançon, les attaques à l’acide contre les femmes chrétiennes, non voilées évidemment, et enfin des exécutions pures et simples.

En août 2004, c’est l’attentat quasi-simultané contre cinq églises à Mossoul, Kirkouk et Bagdad, en quelques jours, et le 7 décembre 2004, deux attentats simultanés frappent des églises chaldéennes et arméniennes.

Pourquoi les terroristes, les milices sunnites et les bandes criminelles s’en prennent-ils aux Irakiens de confession chrétienne ?

Ces minorités ne représentent aucune menace pour les Musulmans. Composées d’à peine 2% de la population, divisées en une multitude d’Eglises, elles sont aussi dispersées géographiquement, réparties dans le Nord, aux frontières avec la Turquie et l’Arménie, dans la région de Bassora, au Sud, en passant par Mossoul et Bagdad.

Il est clair que tout est fait pour voir les chrétiens disparaître purement et simplement. En les poussant à quitter l’Irak, et en les massacrant tout simplement. C’est à une véritable purification ethnique qu’on assiste, le but étant l’élimination physique de tout ce qui n’appartient pas à l’islam, et l’éradication de la diversité religieuse.

Bien qu’indigènes, Irakiens de pure souche pourrait-on dire, les chrétiens sont vite assimilés aux croisés. Ils sont d’ailleurs visés sans distinction d’appartenance à telle ou telle Eglise. Une constante dans les pays musulmans où vivent des minorités chrétiennes : alors que les chrétiens savent tout de la religion dominante, ont exercé depuis l’avènement de l’islam des hautes fonctions politiques, ont traduit les œuvres grecques à l’arabe, bref, ont contribué au rayonnement culturel, intellectuel et diplomatique de l’islam, et de surcroît sont de culture musulmane, les Musulmans eux, et plus encore les islamistes, ignorent tout des cultes chrétiens et des subtilités qui divisent les Eglises.

Purification ethnique, mais aussi politique, tel est le but de ces criminels. Les chrétiens représentent tout ce qui peut faire penser à la laïcité, au pluralisme, et à un régime où la shari’a ne peut être appliquées dans son intégralité. Les chrétiens sont donc un obstacle dans le projet d’islamisation totale de l’Irak.

Les Américains, impuissants, et parfois participant eux-mêmes aux exactions contre les chrétiens, -par exemple en occupant illégalement une eglise-, laissent faire. Si on ne fait tout pour protéger ces populations, l’Irak, comme l’ensemble du Moyen-Orient, pourrait perdre ses minorités chrétiennes, voir disparaître ces Eglises témoins des premiers siècles du christianisme, et les descendants des plus anciens habitants.

Une perte pour le patrimoine de l’humanité, et une perte pour l’islam.

Leïla Babès le 05/03/2008

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