Frustrations anonymes

frustration


Voilà ce qu'on peut lire sur le site wwww.minorites.org :


Lundi 09 Avril 2007 proposé par Abu Dabi Ironiquement, Leïla Babès est ici appelée Leïla Barbès, comme le quertier parisien à forte population maghrébine. Sur le fond, je ne l'approuve aucunement: son discours me semble tenir de la surcompensation jacobino-républicaine à laquelle semblent astreints les universitaires et intellectuels d'ascendance musulmane dès lors qu'ils veulent être considérés comme légitimes sur la question du voile et de la laïcité - ceci les conduit souvent à être plus laïcistes que les laïcs, plsu français que les Français. Triste spectacle...

 

Réponse :


 

J’ignore ce qui me vaut une telle animosité, mais ce petit commentaire assassin dont l’auteur (et l’un des rédacteurs du site, si j’ai bien compris) a cru bon de coiffer mon article, ce qu’il ne fait manifestement jamais par ailleurs, ne manque pas d’intérêt. Mes étudiants en feraient des gorges chaudes.

Notez que je ne connais pas ce monsieur Abu Dabi, dont tout porte à croire qu’il avance avec  un pseudonyme, outre que sa photo est masquée. Quel courage ! Mais peut-être lui me connaît-il. Lui ai-je fait du tort ? Serait-ce un étudiant que j’ai recalé ? Ou peut-être un prétendant éconduit ? Très drôle… A moins qu’il ne s’agisse de pure frustration (d’autres diraient jalousie). C’est tellement courant dans « notre communauté ».

Mais voyons voir. Monsieur le rédacteur anonyme se saisit d’une simple erreur de typographie (Barbès au lieu de Babès, enrageant il est vrai, mais pas gravissime) et tel un magicien, il nous sort un petit lapin en délire de son chapeau : le journal, à savoir le Figaro, à qui je n’ai rien demandé mais qui m’a sollicitée pour écrire un article sur le thème « La laïcité française a-t-elle vécu ? », aurait estropié mon nom délibérément, par ironie, histoire de me défigurer, pire (selon l’anonyme Abu Dabi, pourquoi pas Qatar ou Oman pendant qu’il y est), de me renvoyer au quartier Barbès « à forte proportion maghrébine ». Une fois qu’on a dit ça, tout s’éclaire : mon discours tient de la surcompensation jacobino-républicaine… » (sic). Autrement dit, je ne suis qu’une indigène (moi ?) complexée, obligée d’être plus royaliste que le roi pour être reconnue.

C’est ainsi.

Mes diplômes, mes fonctions de professeur, ma chaire de sociologie des religions, mes décennies d’enseignement, mes livres et mes publications, ma notoriété, l’immense respect dont je jouis dans la profession (bien qu’une minorité de « communautaires » ne m’aiment pas, mais je n’en ai cure), rien n’y fait, j’ai encore besoin de faire de la « surcompensation » pour me faire accepter par les Français.

Laïciste… voilà le mot magique dont nous affublent les anti-laïcs nostalgiques du communautarisme ou incapables de comprendre ce que la laïcité veut dire. Monsieur l’anonyme, par carence intellectuelle, ou parce qu’il a du mal à s’identifier à des gens comme moi (et je le comprends, c’est rude), a été sourd à mon discours. A cause de mes origines (que je partage manifestement, hélas, avec ce monsieur), je ne devrais pas parler des choses réservées aux Français. Peut-être même devrais-je m’affubler d’un foulard et fermer ma gueule. Parce que si j’ai bien compris, je ne suis pas française, pas tout à fait, puisque j’essaie de l’être pour me faire accepter. Quel délire !

Et puisqu’il est question d’ « indigène », je répèterai ce que j’ai dit aux congénères de l’anonyme, le conglomérat des opprimés de père en fils : eux s’identifient à ce que la France coloniale appelait les Indigènes, tandis que moi je suis une vraie indigène, une citoyenne de ce pays. Ce qu’ils ne seront jamais, parce que ce pays, ils ne l’aiment décidément pas.


Leïla Babès le 24/01/2008


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