Prédicateurs : incitation à la haine des femmes et au viol.

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Le mois dernier, j’évoquais ici même l’incroyable traitement que les autorités saoudiennes faisaient subir à cette jeune femme de 19 ans, victime d’un viol collectif, et condamnée par le tribunal pour s’être trouvée au moment du crime, accompagnée d’un homme qui ne lui était pas liée par le sang.
Je soulignais alors que le juge lui avait affirmé que tout ceci ne serait pas arrivé si elle n’avait pas été en compagnie d’un homme qui lui était interdit par la loi. Traduisons : elle l’a bien cherché, et tout compte fait, une femme seule ou en situation « illicite » se met tout naturellement en danger. Autant dire que les violeurs sont en situation légitime, et après tout, c’est la femme qui les a provoqués.

Le même problème se pose d’ailleurs avec le voile, devenu une sorte de ceinture combinaison anti-viol, en somme.

On n’imagine pas à quel point les discours des leaders islamiques qui fustigent les femmes ne portant pas le voile, peuvent être dévastateurs. Ils conduisent même parfois à l’élimination physique pure et simple des jeunes filles incriminées.
Il suffit de se rappeler la tragédie de Hassi Messaoud, lorsque durant cette nuit de l’horreur du 13 juillet 2001, des dizaines de femmes avaient été torturées pendant 8 heures consécutives, violées, enterrées vivantes, immolées, pat un commando de 30 hommes armés jusqu’aux dents. Leur seul crime : être célibataires et vivres seules, dans une ville gangrénée par la haine islamiste à l’égard des femmes.

Je citerais cette fois l’histoire tragique de cette adolescente de 16 ans, morte assassinée il y a quelques semaines par son propre père pour avoir refusé de porter le voile. Aqsa Parvez avait eu le malheur de naître dans un milieu traditionnaliste d’origine pakistanaise, à Mississauga, dans la province canadienne de l’Ontario, polluée par des idéologies liberticides et misogynes.

Des associations canadiennes dénoncent régulièrement les prêches virulents que des imams prononcent à ce sujet.
Telle la mosquée de Montréal qui a récemment publié sur son site un avertissement à l’encontre de ces jeunes filles, allant jusqu’à dire qu’elles s’exposent au viol et à la procréation d’« enfants illégitimes ».
Quant au Centre communautaire musulman de Montréal (CCMM), il a publié sur son site internet cet avertissement, mettant en garde les femmes non voilées des risques liés à leur condition : viol, divorce, adultère, enfants illégitimes, effondrement de foi, incitation à l’indécence, stress, suspicion chez le conjoint et rupture d’harmonie familiale
Les femmes occidentales y sont même décrites comme des « prostituées non payées ».

Dans mon livre, Le voile démystifié, paru aux éditions Bayard en 2004, je soulignais notamment à quel point les défenseurs du voile étaient, sur cette question, d’une sensibilité à fleur de peau, et que le phénomène était devenu plus important que la foi ou les 5 piliers. Le voile est vu comme un fondement de la religion et une pratique religieuse au même titre que la prière, si ce n’est que la prière ne semble pas faire l’objet du même engouement.
Je rappelais aussi que les hommes qui réagissaient le plus violemment à mes propos ne s’intéressaient qu’à ce que je disais sur le voile, et rien d’autre, et ils le faisaient en montrant une réelle souffrance.

Quoiqu’il en soit, les discours de prédicateurs et des violeurs eux-mêmes, imputant la responsabilité du viol à ces femmes non voilées, les qualifiant de provocatrices, ne se comptent plus. On cite notamment le nom libanais Faiz Mohammed en Australie, et celui du mufti Shahid Mehdi en Suède.

Yusaf al-Qardawi lui-même, la star d’Al-Jazeera, dont l’émission religieuse est suivie par des dizaines millions de spectateurs, figure emblématique des Frères musulmans, président du haut conseil européen des fatwas, disait en 2004, que les femmes violées habillées de façon indécente devaient être punies, ajoutant que « pour qu’elle soit affranchie de la culpabilité, une femme violée doit avoir montré la bonne conduite ».
En tous points, Al-Qardaoui préconise le même traitement que celui réservé par les autorités saoudiennes aux femmes violées : un autre châtiment, pour être seule ou mal accompagnée, non voilée, pour être femme sans défense, tout simplement.

Qu’un pays comme la France soit relativement épargné par ce déchaînement de haine à l’égard des femmes, n’est imputable qu’au fait qu’on soit en présence d’une société civile forte, et une justice vigilante sur tout ce qui touche à l’intégrité et aux droits des femmes. Ce n’est pas un hasard si le seul cas que nous pouvons citer de mémoire soit celui de l’imam de Vénissieux, expulsé depuis en Algérie, pour avoir prêché le droit des hommes à battre leurs femmes.

N’en déplaise au célèbre cheikh Al-Qardaoui qui ferait mieux de réserver son verbe tonitruant à la guidance spirituelle –si tant est qu’il en soit capable et qu’il sache de quoi il s’agit-, au lieu de ses fatwas intempestives sur la morale sexuelle, ce ne sont pas ces femmes qui doivent être punies, mais bien les prédicateurs de son genre.
Pour incitation à la haine contre les femmes et incitation au viol. Et si les Etats musulmans ne sont pas disposés à poursuivre ces criminels, les associations de femmes et les organismes de droits de l’Homme devraient s’en saisir et les poursuivre devant les tribunaux internationaux.

 

Leïla Babès le 16/01/2008


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