Les Coptes, citoyens de seconde zone

 

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Le statut des citoyens arabes de confession chrétienne constitue l’une des ignominies les plus aberrantes des systèmes politiques qui régissent les pays où vivent des minorités religieuses. Je veux bien sûr parler des pays du Moyen Orient. Les Eglises chrétiennes qui ont pratiquement disparu en Afrique du Nord, vers le X° siècle, se concentrent surtout en Syrie, Liban, Egypte, Irak et Palestine.

Dimanche dernier, à l’initiative d’associations d’égyptiens de confession copte, un rassemblement a eu lieu à Paris, pour protester contre les discriminations dont cette communauté fait l’objet.

Ces dernières années, les coptes, qui représentent presque 10/° sur une population globale de 65 millions, ont notamment fait parler d’eux à propos d’affrontements violents qui les ont régulièrement opposés à des musulmans en Haute Egypte, faisant parfois de nombreuses victimes. En réalité, depuis l’accession de Sadate au pouvoir en 1970, cette communauté fait régulièrement l’objet d’agressions physiques : incendies d’Eglises, lynchages, enlèvements suivis de conversions par la force, attentats à la bombe.

Les coupables restent souvent impunis, ce qui exacerbe le sentiment d’insécurité de cette catégorie de la population. Les auteurs de ces crimes, appartiennent tous aux groupuscules extrémistes nés de la mouvance des Frères musulmans. Leur but : restaurer le statut de dhimmis, qu’on appelle improprement statut de protection des Gens du Livre, en réalité, un dispositif humiliant et un déni de citoyenneté. Cette surenchère destinée à durcir encore plus les discriminations dont les coptes sont déjà l’objet, vise en réalité l’élimination pure et simple de la minorité chrétienne : par la conversion, l’encouragement à l’exil ou le meurtre.

Depuis l’islamisation du pays, la condition des coptes a connu des hauts et des bas. Il est curieux de constater que leur situation s’est dramatiquement dégradée depuis l’accession de Nasser au pouvoir en 1952, alors que la période de la monarchie, de 1804 à 1922, et celle qui lui a succédé, de 1922 à 1952, sous le régime nationaliste du parti Wafd, ont été marquées par une relative tolérance à l’égard des coptes.

Jusque-là, il était de coutume d’interdire aux coptes l’accès aux fonctions de ministre de l’intérieur. La nationalisation des banques et des sociétés privées a curieusement coïncidé avec une dé-christianisation de toutes les hautes fonctions. En réalité, les ministères qui sont confiés aux coptes sont sans portefeuille. Même le célèbre Boutros Boutros Ghali, n’était que ministre par intérim ou ministre délégué aux affaires étrangères de 1977 à 1991.

Toujours dans le domaine politique, sur 444 députés, seulement 3 sont coptes. Ils sont pratiquement exclus des hauts grades de l’armée, des services de renseignements, de la magistrature, de même qu’ils ne peuvent être gouverneur ou doyen d’une faculté.

Conséquence de cette politique d’exclusion des postes de décision, les coptes se sont trouvés systématiquement écartés des accords de coopération entre l’Egypte et les pays du Golfe et se voient ainsi interdits d’être envoyés dans ces pays comme experts.

La liste des discriminations est longue. Citons seulement quelques exemples. Dans le domaine de l’éducation, les coptes ne peuvent enseigner l’arabe. En revanche, les enfants coptes apprennent le Coran à l’école, alors qu’ils ne peuvent apprendrela Bible, interdite d’enseignement à l’école publique. Autre exemple : malgré la loi d’interdiction de changement de conversion des moins de 21 ans, Al-Azhar valide les conversions des mineurs chrétiens. Autre atteinte, cette fois à la liberté religieuse : contrairement aux musulmans, les chrétiens ne peuvent construire ou réparer une église sans une autorisation des pouvoirs publics, ce qui montre bien que les membres de cette communauté ne sont pas considérés comme des citoyens à part entière, mais des dhimmis.

Enfin, chose incroyable, aucune université égyptienne n’est dotée d’une chaire ou d’un département d’études coptes, contrairement à de nombreuses universités occidentales.

Dans leurs revendications, les coptes de France formulent deux demandes : d’abord que l’inscription de l’appartenance religieuse sur la carte nationale d’identité ne soit plus mentionnée. Cette référence à la confession est non seulement un anachronisme aberrant, mais aussi une source de discrimination qui désigne officiellement les chrétiens d’Egypte comme des sous-citoyens. Ensuite, que les persécutions et attaques exercées par les extrémistes musulmans sur cette communauté soient jugées et condamnées.

J’ajouterais pour ma part, que si une réforme qui reconnaisse aux égyptiens de confession chrétienne leurs droits fondamentaux, et tout particulièrement une pleine citoyenneté et une égalité claire et sans conditions entre tous les égyptiens, me paraît nécessaire et urgente, il est à tout le moins inacceptable en attendant qu’une telle réforme soit engagée, que des injustices de cette nature soient commises impunément. Et puisque la référence majeure est l’islam, ne dit-on pas que c’est une religion de justice ? L’Egypte, cette grande nation, a beaucoup à offrir. Et elle gagnerait sûrement à rassembler tous ses enfants, avec leurs différences, dans le partage de valeurs humanistes, au lieu de la complaisance face à la tyrannie de la majorité.

 

Leïla Babès, le 24/01/2005


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