Les Algériens et la diététique


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Une fois n’est pas coutume, j’aimerais parler d’alimentation. Non pas de cuisine, mais de diététique, que les sociétés riches ont adoptée depuis de nombreuses années, et qui commence à faire son chemin dans nos pays.

En Algérie, nous trouvons à présent dans toutes les bonnes boulangeries du pain au son, du pain d’orge, et d’autres variétés préparées avec plus ou moins de composantes noires, ces bons nutriments qu’on jetait jadis aux poules.

Les braves ménagères qui n’ont pas renoncé à faire leur propre pain, ont à présent la possibilité d’acheter de la farine d’orge ou de blé intégral. Même la couleur du couscous, suprême délice, a foncé.

Du côté des laitages, il y a du lait et des yaourts à 0% de matières grasses, ainsi que des fromages allégés en matières grasses.

Et puis, les bonnes huiles, huile d’olive bien sûr, de tournesol, de maïs, se substituent de plus en plus aux huiles grasses saturées.

Bien sûr, on n’est pas toujours assuré de trouver ces nouveaux produits, dont l’achalandage dans les magasins se fait de manière plus ou moins chaotique. 

Ensuite, l’intérêt pour la diététique reste circonscrit à des milieux relativement cultivés, voire aisés, compte tenu de la cherté de certains de ces aliments comme le pain et l’huile d’olive.

Mais une chose est sûre : de plus en plus de gens ont accès à ces informations et prennent conscience de l’importance du rôle que joue la qualité des aliments dans la santé de l’individu.

On surveille sa tension artérielle, son taux de sucre, de cholestérol ou de triglycérides. Il était temps, d’ailleurs, si l’on se souvient que le pays compte un million et demi de diabétiques –un chiffre probablement sous-évalué - et 9 millions d’hypertendus.

Nerveux et toujours stressés, les Algériens se sont trop longtemps abandonnés au plaisir du sucre raffiné en tous genres, dans le café, les pâtisseries et dans ces abominables boissons colorées qu’on appelle le gazouz…

Comme me le disait hier mon neveu, le pitre de la famille, tout est de la faute de Boumédiène et sa manie monochromatique. En voulant mettre les Algériens au régime socialiste, il a décidé qu’ils ne mangeraient qu’une variété de pain, blanc comme le sucre, ne leur permettant comme luxe poly-chromatique que le gazouz, blanc, orangé ou noir.

Mais surtout pas de jaune, comme la banane, qu’on a fait miroiter comme un aliment de luxe. Le fruit préféré des singes, importé de Côte d’Ivoire, et qui ne faisait que transiter par le port d’Alger pour être réexporté en France, était récupéré à Marseille par les Algériens qui le ramenaient dans leurs bagages.

Blague à part, les récits que rapportent les plus âgés sur l’ère pré-diététique sont encore plus savoureux. A l’époque où le pain blanc était devenu un aliment de raffinement –au sens propre comme au figuré-, les familles réservaient le pain noir, jugé trop grossier, à leurs métayers ou leurs bergers, ce qui rappelle la théorie khaldounienne du clivage entre la puissance fruste du bédouin et la décadence du sédentaire, ramolli par le luxe et le raffinement.

Imaginons donc ces bienheureux métayers et autres bergers, se nourrissant du bon pain riche en fibres, en vitamines et autres sels minéraux, ainsi que de fruits de saison fraîchement cueillis dans les arbres, lorsque leurs patrons blancs comme le pain qu’ils mangent, dégustent des mets sophistiqués saturés de cholestérol et des pâtisseries à index glycémique élevé. Résultat de cette nourriture du progrès et de la modernité triomphante : diabète, maladies digestives et cardio-vasculaires, hypertension, obésité, etc.

Il n’y a pas si longtemps, on disait d’une personne bien enveloppée, disons grasse, qu’elle était en bonne santé. Le poids était le signe qu’on était bien nourri, alors que la maigreur, suspecte de malnutrition, suscitait la pitié. Une erreur de jugement qui a été préjudiciable, voire même fatale à plusieurs générations, y compris, et d’abord dans les sociétés riches.

La nouvelle conscience diététique, cette révolution subtile et en constant progrès, se répand conjointement grâce aux suivis médicaux, les médias et l’ouverture de l’économie à l’importation.

Reste que le consommateur n’a pas toujours toutes les garanties sur la qualité des aliments dits diététiques. En Europe même, la législation relative à la publicité quasi-mensongère sur les aliments dits « light », allégé, sans cholestérol, ne permet pas encore de réguler ce vaste marché très lucratif. 

En revanche, il est possible de trouver dans n’importe quelle boulangerie, du vrai pain complet, aux céréales, aux grains de sésame, au son, etc..

Hélas, en Algérie, le pain noir semble blanchir d’année en année. Mais le label, comme le prix d’ailleurs, ne change pas. C’est toujours du pain de seigle, de son, complet, sauf que l’essentiel de la farine qui le compose doit être plus blanche que blanche, un peu comme dans le sketch de Coluche. Et en plus, il devient sucré. Bizarre…

 

Leïla Babès le 11/07/2007


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